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La référence pédiatrique en ligne

site complémentaire du livre Votre Enfant, des Drs Rossant, éditions Robert Laffont

L'hémophilie

 

Un article de VotreEnfant.



"La reine Victoria, conductrice d'hémophilie, avait neuf enfants, trois garçons et six filles. Des trois garçons, deux sont indemnes dont le Prince de Galles, le futur Edouard VII. Le troisième, Léopold, duc d'Albany, saigne dès l'âge de un an et, après de nombreux accidents hémorragiques, est emporté par une hémorragie cérébrale.

Deux des six filles, Alice et Béatrice, transmettent par leur descendance l'hémophilie aux familles régnant en Espagne et en Russie. Alice épouse le Grand Duc Louis de Hesse-Darmstadt et aura sept enfants. L'une de ses filles Alice-Alexandra épouse en 1894 le tsar Nicolas II et aura cinq enfants : quatre filles, Olga, Tatiana, Maria, Anastasia et un fils, le tsarevitch Alexis, hémophile.

Béatrice épouse le prince Henri de Battenberg. Elle aura quatre enfants, trois fils dont deux hémophiles et une fille Ena-Victoria qui épouse en 1906 Alphonse XIII, roi d'Espagne et aura sept enfants, quatre filles et trois fils dont deux, Alfonso et Alonzo sont hémophiles.

Alfonso et Alonzo sont, l'un et l'autre, tourmentés dès leur petite enfance par des hémorragies fréquentes. Leur corps est couvert d'hématomes. Comme tous les parents d'enfants hémophiles, le roi et la reine d'Espagne sont très inquiets. Des précautions très rigoureuses sont prises. Les chambres où vivent les enfants sont capitonnées, tous les angles des meubles protégés. Les arbres même du jardin où ils jouent sont émondés, entourés d'étoffes, de matelas. Un éminent hématologue suisse, spécialiste de l'hémophilie, est attaché à la personne des jeunes princes et vit avec eux.

Comme la plupart des enfants hémophiles, Alfonso et Alonzo n'acceptent pas ces précautions, cette sollicitude, cette surveillance anxieuse. Ils se rebellent, ne songent qu'aux occupations défendues, aux sports, à la conduite des véhicules rapides. Cette rébellion leur sera fatale. L'un et l'autre mourront à quelques années de distance emportés par les hémorragies provoquées par un accident d'automobile.

L'hémophilie du tsarévitch Alexis est plus grave que celle de ses cousins espagnols. Une hémorragie ombilicale, à l'âge de six mois, met déjà la vie de l'enfant en danger. Plus tard se succèdent les hématomes du front et de l'abdomen, les hémorragies de l'articulation du genou, atrocement douloureuses et empêchant tout mouvement, les hémorragies externes, provoquées par des chutes insignifiantes. Lui aussi est protégé ; ses activités sont limitées, les sports sont interdits. Deux matelots le surveillent et le protègent. Lui aussi cherche à échapper aux contraintes, se réjouit d'avoir trouvé une bicyclette, saute dans un canot, et, chaque fois, des hémorragies, des hématomes le rejettent dans la souffrance et l'immobilité. Ces hématomes, ces hémorragies surviennent irrégulièrement. Leur évolution est difficilement prévue, tantôt longue, tantôt brusquement favorable. Ainsi, il est difficile d'interpréter les améliorations survenues après les interventions de Raspoutine..."

(Jean Bernard - Le Sang et l'Histoire).

1°) Un peu d'histoire

L'hémophilie est une maladie héréditaire de la coagulation, qui touche les garçons et est transmise par les femmes. Elle est connue depuis longtemps puisque déjà dans le Talmud de Babylone au 5ème siècle av. J.-C., il est conseillé de ne pas circoncire le troisième fils d'une femme dont les deux premiers sont morts d'hémorragie après la circoncision :

"Il y avait quatre sours à Sépharis, la première fit circoncire son fils et il mourut ; la seconde le fit et il mourut ; la troisième le fit et son fils mourut aussi ; alors, la quatrième vint devant le Rabbin Ben Gemamiel qui lui dit :"Abstiens-toi de le faire circoncire car il y a des familles dont le sang est fluide tandis que chez les autres il coagule".

Albucasis, médecin arabe du XII° siècle, parle de cette maladie et sa transmission par les femmes est expressément signalée par Fordyce en 1784 et Nasse en 1820.

En 1803, John Otto de Philadelphie publie l'observation d'une femme nommée Smith dont les fils saignent après des blessures légères et il montre la transmission par les femmes. En 1828, le terme d'"hémophilie" (=qui aime le sang) est inventé par Hopff, un élève de Schonlein (celui de la maladie de Schonlein-Hénoff). Kôning décrit en 1892 l'arthropaphie de l'hémophilie. Le traitement transfusionnel est tenté la première fois en 1840 par Lane qui transfuse avec succès un enfant de 12 ans qui saignait depuis 6 jours après une intervention pour strabisme. La mise en évidence du déficit en facteur anti-hémophilique A date de 1937 (Patek et taylor).

En 1952, Rosemary Biggs rapporte le cas de 6 hémophiles porteurs d'une maladie différente de la forme habituelle. L'auteur aura la modestie de donner à cette maladie non pas son nom mais celui d'un des patients: Stephen Christmas. La maladie sera appelée Christmas disease. Coïncidence ou presque, l'article est publié dans l'édition de Noël du British Medical Journal. Les très sérieux Drs Collins et Kemp s'indignent qu'un nom de fête puisse être donné à une maladie aussi grave. R Biggs explique que si elle avait appelé cette maladie "hypococothromboplastinémie" ou "orthothrombophobie" personne n'aurait lu l'article. Elle venait en fait de décrire l'hémophilie B, déficit en facteur IX qui touche 15% des hémophiles, alors que la forme la plus fréquente est le déficit en facteur VIII.

En 1953 Rosenthal décrit dans sa famille un troisième type d'hémophilie, l'hémophilie C due à un déficit en facteur XI (appelé aussi facteur Rosenthal.

En1964, Judith Pool montre la possibilité de traiter l'anomalie de la coagulation chez l'hémophile par du cryoprécipité plasmatique. Ici commence l'ère thérapeutique moderne de l'hémophilie. Progressivement, et au prix encore de lourds handicaps, les hémophiles atteindront de plus en plus souvent l'âge adulte et verront leur espérance de vie se rapprocher de celle d'une population normale.

Années 70 : Les débuts du fractionnement du plasma. 1975 : Préparation des fractions PPSB, riches en facteur IX.

1980 : Utilisation de plus en plus large des concentrés de facteur VIII qui vont permettre le traitement à domicile des hémophiles, l'auto-traitement et grâce à cela la prévention des séquelles articulaires graves, au total l'amélioration de la qualité de vie....

  • 1985 : les années noires : VIH, hépatite C. Les drames, les rancours, les accusations, le doute.

1985 : Le développement et la généralisation des procédés d'inactivation virale pour les concentrés de facteur anti-hémophilique.

1986 : Le gène du facteur VIII est cloné. Ceci va permettre la préparation de facteur VIII de synthèse préparé à l'aide des techniques de génie génétique (facteur VIII recombinant).

1993 : Mise sur le marché en France du premier facteur VIII recombinant.

Début du XXIème siècle : mise sur le marché de facteur anti-hémophiliques recombinants sans protéine humaine ou animale dans la formulation finale et de facteurs anti-hémophiliques dérivés du plasma nanofiltrés. Publication des premiers essais de thérapie génique dans l'hémophilie chez l'homme.

1°) De quoi s'agit-il ?

« Pierre, quinze mois, est adressé aux urgences pour une impotence fonctionnelle du membre inférieur droit. Quelques jours auparavant, l'enfant a eu une rhinite banale puis est apparu un gonflement du genou droit puis du mollet droit avec une boiterie et une esquive de l'appui sur le membre inférieur droit. Deux jours plus tard, la survenue d'une fièvre à 38,2° motive le recours aux urgences. A l'arrivée, l'enfant est en bon état général, sa température est à 37,5°. Le mollet droit est tendu, douloureux, chaud, augmenté de volume (23 cm contre 20 à gauche). La mobilisation déclenche une douleur au niveau de la cheville et du genou droits.

Il n'est pas trouvé de porte d'entrée infectieuse. Les pouls sont bien perçus. Sur le plan biologique, la numération est normale ainsi que la CRP, la VS et les CPK. La radiographie montre un épaississement des parties molles au niveau de la jambe droite. Il n'existe aucune anomalie osseuse. L'échographie du genou et de la cheville est normale.

L'échographie des parties molles montre un épaississement diffus des parties molles de la jambe droite. Le doppler veineux des membres inférieurs est normal. Devant la négativité de ce premier bilan, on prévoit une scintigraphie osseuse et une exploration de l'hémostase est demandée : fibrinogène à 3,7 g ; temps de Quick à 98 % ; temps de céphaline + activateur (TCA) à 69 pour un témoin de 35. Ce dernier résultat conduit au dosage

des facteurs VIII et IX en urgence. Le F VIII est à 2 %, témoignant d'une hémophilie

A modérée à l'origine de l'hématome du mollet droit. Le traitement associe une corticothérapie générale et une immobilisation du genou dans un pansement compressif. L'évolution immédiate est favorable, mais, dix jours plus tard, le saignement récidive au niveau du mollet, ce qui conduit à une première substitution de facteur VIII.

A noter que huit points de ponction veineuse pour les examens biologiques avaient été faits chez cet enfant sans entraîner aucun hématome ».

L'hémophilie est une affection hémorragique héréditaire de transmission récessive liée au sexe. C'est la plus fréquente des maladies constitutionnelles de l'hémostase.

L'incidence est de l'ordre de 1/5 000 garçons. En France, il y aurait 4 à 5000 hémophiles, 40 à 50 naissent chaque année.

Elle se répartit ainsi : hémophilie A (déficit en VIII) = 80 % et hémophilie B (déficit en IX) = 20%.

L'hémophilie est une maladie génétique. Les gènes responsables entraînent l'absence ou la diminution d'un facteur de la coagulation : le facteur VIII dans l'hémophilie A, le facteur IX dans l'hémophilie B.

Les gènes de l'hémophilie sont situés sur le bras long du chromosome X.

2°) Quelques mots de biologie : la coagulation (ou hémostase)

L'hémostase peut être séparée en trois stades : l'hémostase primaire, la coagulation et la fibrinolyse bien qu'en réalité ces trois phases de l'hémostase soient en fait intriquées et non purement successives.

Les quelques lignes qui suivent expliquent ces différentes étapes.

L'hémostase primaire aboutit à la formation du clou plaquettaire. L'adhésion des plaquettes au niveau de la brèche vasculaire s'effectue grâce à un facteur plasmatique ("facteur Willebrand"). Ensuite survient l'agrégation plaquettaire réversible puis irréversible par action de la thrombine. La fibrine enserrant le clou plaquettaire consolide l'ensemble.

L'exploration de cette étape repose sur la numération des plaquettes et le temps de saignement (TS). Les tests d'agrégation et le dosage du facteur Willebrand complètent l'exploration.

La coagulation (ou hémostase secondaire) possède deux voies d'activation (extrinsèque et intrinsèque) et un tronc commun aboutissant à la formation de la fibrine.

La voie extrinsèque d'activation débute par la libération d'un facteur extrinsèque (thromboplastine tissulaire) dans le courant sanguin à partir de la paroi du vaisseau lésé. La thromboplastine active le facteur VII (proconvertine) qui, en présence du facteur V (proaccélérine) active le facteur X (Stuart). Ainsi est formée la prothrombine qui est un complexe moléculaire associant les facteurs Xa (activé), V, la thromboplastine et le calcium, permettant la transformation de la prothrombine (facteur II) en thrombine.

La voie intrinsèque débute par les structures sous-endothéliales mises à nu (collagène) : les plaquettes agrégées activent les facteurs contacts (facteurs XII, XI...). Le facteur XIa active le IX. L'activation du X s'effectue par un complexe moléculaire associant les facteurs IXa et VIII, le facteur 3 plaquettaire et le calcium. Le facteur VIII est activé par les traces de thrombine. Ainsi est formée une seconde prothrombinase qui aboutira à la formation de thrombine.

La formation de la fibrine est l'aboutissement du tronc commun. Sous l'action de la thrombine, le fibrinogène (facteur I) subit des modifications chimiques qui aboutissent à la formation de la fibrine. La fibrine est nécessaire à la formation du caillot.

L'exploration de base de la coagulation plasmatique repose sur 4 tests :

  • le temps de Quick (encore appelé taux de prothrombine TP) explore la voie extrinsèque (facteurs I, II, V, VII, X). Notons que les facteurs II, VII et X sont sous la dépendance de la vitamine K. Les résultats sont exprimés en pourcentage par rapport à un plasma témoin normal. Ce test est actuellement standardisé d'un laboratoire à l'autre grâce à l'INR (international normalized ratio). Le dosage spécifique des facteurs explorés complète l'étude lorsque le temps de Quick est anormal.
  • le temps de céphaline activé (TCA) explore la voie intrinsèque de la coagulation (facteurs XII, XI, IX, VIII, X, V, II, I). Notons que les facteurs II, IX et X sont sous la dépendance de la vitamine K. Le résultat est exprimé en secondes par rapport à un témoin normal. La surveillance des traitements par les antivitamines K associe temps de Quick et TCA. Le dosage spécifique des facteurs XI, XII, VIII et IX complète l'étude des TCA anormaux.
  • le temps de thrombine explore la fibrinoformation
  • le dosage du fibrinogène

La fibrinolyse permet de reperméabliser le vaisseau obstrué par un caillot. Elle assure la destruction du réseau de fibrine en PDF (produit de dégradation de la fibrine) grâce à l'action de la plasmine.

3°) Diagnostic biologique de l'hémophilie

L'hémostase primaire de l'hémophile est normale : la numération des plaquettes et le temps de saignement sont normaux.

Les facteurs VIII et IX agissent uniquement sur la voie intrinsèque. Le temps de Quick (qui explore la voie extrinsèque) est donc normal, ainsi que le temps de thrombine.

Le TCA est par contre systématiquement allongé dans les deux types d'hémophilie.

Ce résultat doit être contrôlé sur un 2ème prélèvement.

Le bilan recherche alors des anticoagulants circulants (recherche négative), puis le dosage des facteurs de la voie endogène permet le diagnostic : les facteurs VIII et IX sont diminués, alors que les autres facteurs et le facteur von Willebrand sont normaux.

Ces dosages déterminent le type de l'hémophilie et sa sévérité.

  • un taux égal ou inférieur à 1% caractérise une hémophilie sévère où les hémorragies sont fréquentes et spontanées (50 % des cas);
  • un taux compris entre 2 et 5 % caractérise une hémophilie modérée.
  • un taux entre 6 et 30 % caractérise une hémophilie mineure.

Le risque hémorragique est proportionnel à l'intensité du déficit.

Le type de l'hémophilie, le taux du facteur, et donc la sévérité biologique, sont constants dans une même famille. Mais la sévérité des manifestations cliniques est variable d'un patient à l'autre.

Avant de porter le diagnostic d'hémophilie, le médecin élimine la possibilité d'une hémophilie acquise (non héréditaire) liée à des anticoagulants circulants ainsi qu'une maladie de Willebrand ou un déficit en facteurs XI, XII etc.

4°) Diagnostic prénatal

Le diagnostic anténatal de l'hémophilie se fait par les dosages biologiques des facteurs VIII ou IX à la dix-huitième semaine de grossesse (prélèvement de sang fotal au niveau du cordon sous échographie) ou par l'étude de l'ADN des villosités choriales à la dixième semaine.

Ce diagnostic prénatal concerne les femmes conductrices ou potentiellement conductrices d'hémophilie sévère, dont il constitue une étape essentielle de la prévention.

5°) Quels sont les symptômes ?

Les hémophilies A et B présentent les mêmes symptômes.

Les hémorragies sont rarement dépistées à la naissance (traumatisme obstétrical).

Dans la forme sévère, les premières hémorragies débutent dès les premiers traumatismes (chutes, etc.) à l'âge de la marche (hématomes, ecchymoses) ou même des déplacements à 4 pattes.

Vers 2-3 ans, les premières hémarthroses apparaissent (épanchements sanguins intra articulaires) souvent après un traumatisme, puis elles deviennent de plus en plus fréquentes, provoquant au fil des années le délabrement des muscles et des articulations. L'articulation atteinte est chaude, gonflée, douloureuse. L'hémophile connaît bien les premiers symptômes annonçant la constitution d'une hémarthrose : gêne douloureuse à la mobilisation sans signe objectif.

Les chevilles, genoux et coudes sont les articulations de prédilection. On constate à terme des rétractions tendineuses, des ostéoporoses, et des rhumatismes ankylosants douloureux (arthropathie hémophilique) : en effet, le cartilage se détruit et des lésions osseuses apparaissent avec des douleurs de type mécanique, limitation du jeu articulaire, amyotrophie, attitudes vicieuses.

Les hématomes sont soit superficiels, soit profonds : à partir d'un simple hématome, se constitue une vaste nappe de sang infiltrant les muscles, décollant la peau et faisant courir des risques de compression vasculaire. Certaines localisations sont redoutables :

  • hématome rétro pharyngé et du plancher de la bouche faisant courir un risque d'asphyxie;
  • hématome rétro orbitaire (risque de cécité);
  • hématome musculaire de l'avant-bras et du mollet pouvant entraîner un syndrome de Volkmann (voir p.XXX);
  • hématome du psoas pouvait faire évoquer une crise d'appendicite (vomissements, fièvre, psoïtis, hyperleucocytose);
  • hématomes du creux poplité ou du canal carpien entraînant des compressions des troncs nerveux (séquelles neurologiques).

Parfois l'hémorragie est découverte, de manière dramatique, au cours d'une intervention ORL ou stomatologique. Ces hémorragies sont souvent extensives. En cas de coupure profonde, un risque d'hémorragie incoercible est possible. Les hémorragies intracrâniennes sont graves.

Les formes atténuées se révèlent lors d'une amygdalectomie, ou après appendicectomie.

Dans l'hémophilie modérée et mineure, le risque hémorragique est proportionnel au déficit, habituellement post-traumatique. Certaines hémorragies peuvent être graves en raison d'une mauvaise connaissance de la maladie par le patient et du retard diagnostique et thérapeutique.

Une étude française menée sur une cohorte de 599 hémophiles nés entre 1980 et 1994 a cherché à déterminer les facteurs qui influençaient l'âge du diagnostic. Dans cette cohorte, l'âge médian au diagnostic était de 7,7 mois, avec des variations importantes selon la sévérité de l'hémophilie. L'âge médian au diagnostic était ainsi de 5,8 mois dans les formes sévères

(54,6 % des cas dans cette étude), de 9 mois dans les hémophilies modérées (26,7 % des cas), de 28,6 mois dans les hémophilies légères (18,7 % des cas). L'âge médian au diagnostic était de 0,4 mois en cas d'hémophilie dans la fratrie et de 10,1 mois dans les hémophilies de novo. Les circonstances du diagnostic étaient dans cette étude la survenue d'un saignement dans

59,9 % des cas, ayant nécessité une transfusion dans 14 % des cas, une histoire familiale d'hémophilie dans 34 % des cas, un test de routine dans 6,1 % des cas.

La fréquence des formes sporadiques implique de rechercher systématiquement une hémophilie devant tout saignement anormal, même en l'absence d'antécédents familiaux. Par ailleurs, la réalisation d'un bilan de l'hémostase en préopératoire doit être systématique, là encore même en l'absence d'antécédents familiaux. Enfin, il est important de connaître les particularités de l'hémostase chez les enfants hémophiles avant l'âge de un an : le TCA peut être normal en raison d'une activation de la coagulation au moment du prélèvement et est donc insuffisant pour faire le diagnostic. Celui-ci repose sur un dosage spécifique des facteurs VIII et IX.

6°) Le traitement

Le traitement de l'hémophilie est surtout transfusionnel en apportant le facteur déficient mais recourt aussi à d'autres thérapeutiques (rééducation, synoviorthèses, chirurgie orthopédique...).

Un hémophile doit être régulièrement suivi dans un centre de référence pour le traitement de l'hémophilie, avec une permanence 24h/24. Une carte d'hémophile lui est délivrée et un carnet de suivi lui permet de noter les accidents hémorragiques et les traitements reçus.

Un certain nombre d'interdictions doivent être expliquées aux patients hémophiles :

  • les injections intramusculaires et les ponctions intra artérielles;
  • les anticoagulants et l'aspirine;
  • les anti-inflammatoires non stéroïdiens.

Les vaccins sont possibles par voie sous-cutanée à la face externe du deltoïde. Le vaccin contre l'hépatite B est obligatoire. Tout geste invasif, toute injection ou ponction doit être soigneusement encadré.

Le traitement des accidents hémorragiques

  • Le Minirin (desmopressine) intra-veineux permet un relargage du facteur VIII chez les hémophiles mineurs. Il représente une alternative au traitement transfusionnel mais l'efficacité n'est pas constante et s'épuise dans le temps.
  • les produits substitutifs ou anti-hémophiliques corrigent le déficit de la coagulation par perfusion intraveineuse.

On utilise aujourd'hui les recombinants obtenus par génie génétique.

D'autres "petits moyens" peuvent aider, même si ils sont insuffisants à eux seuls : immobilisation, compression, suture de plaie, méchage du nez, etc.

Certains sports sont interdits, ainsi que certaines professions à risque.

La rééducation fonctionnelle est utilisée pour réduire les séquelles musculo-articulaires, la chirurgie orthopédique (synovectomies etc.) est parfois nécessaire.

Le traitement de base qui permet d'enrayer ou de prévenir les saignements chez les personnes atteintes d'hémophilie A et B est le traitement par facteur de remplacement. Il s'agit d'une perfusion de concentré de facteur VIII ou IX administrée pour empêcher ou maîtriser l'hémorragie.

Ces concentrés proviennent de deux sources :

  • du plasma humain (une composante du sang) ou
  • d'une lignée cellulaire obtenue par génie génétique par le biais de la technologie de recombinaison de l'ADN.

Dans les deux cas, la protéine de facteur VIII ou de facteur IX est presque identique à celle qui fait défaut dans le sang des hémophiles. Après une perfusion de concentré, toutes les protéines requises pour la coagulation sont en place. Le sang de l'hémophile devient «normal», du moins pendant quelques heures. Cela permet au caillot de se former là où le vaisseau sanguin est endommagé.

Malheureusement, les facteurs de coagulation remplacés ne persistent pas dans la circulation sanguine des hémophiles. En effet, la moitié de l'activité du facteur de coagulation qui a été perfusé est éliminée par l'organisme toutes les 24 heures. Cela signifie qu'en l'espace de trois jours, il n'en reste presque plus. Le sang de l'hémophile redevient incapable de coaguler normalement.

Les facteurs de coagulation actuels sont très concentrés. Cela signifie qu'une faible quantité renferme suffisamment de facteur VIII ou de facteur IX pour maîtriser l'hémorragie, même en cas de chirurgie majeure. Ils sont donc très efficaces. Ils peuvent être conservés au réfrigérateur, à la maison, pendant un maximum d'un an, ou encore, à la température ambiante pendant trois à six mois.

Ils sont très faciles à préparer. On ajoute 5 à 10 mL d'eau stérile d'un flacon dans le concentré en poudre du second flacon. Une minute plus tard, le mélange est prêt à être perfusé.

La perfusion est rapide. On l'administre en 15 à 20 minutes.

Les concentrés de facteur VIII et de facteur IX se classent en deux catégories :

  • les facteurs VIII et IX obtenus par génie génétique
  • les facteurs VIII et IX dérivés du plasma.

[u]Facteur VIII obtenu par génie génétique :[/u]

Le facteur VIII obtenu par génie génétique n'est pas fait de plasma humain. Le gène du facteur VIII humain est isolé par génie génétique. Ce gène renferme le code qui dit à la cellule comment fabriquer le facteur VIII humain. Le gène est inséré dans des cellules non humaines, par exemple des cellules de reins de bébés hamsters ou des cellules ovariennes de hamsters chinois. Ces cellules sont mises en croissance dans un milieu de culture. Une solution de protéines plasmatiques humaines est ajoutée au milieu de culture pour fabriquer le facteur VIII.. Le facteur VIII est séparé de la culture cellulaire et purifié.

De l'albumine humaine est ensuite ajoutée pour stabiliser le produit de facteur VIII final.

Les chercheurs travaillent à des concentrés de facteur VIII obtenus par génie génétique qui ne renfermeront pas d'albumine humaine. Cette amélioration rendrait le produit encore plus sécuritaire qu'il ne l'est déjà.

[u]Facteur IX de la coagulation (recombinant)[/u]

Le facteur IX recombinant n'est pas fait de plasma humain non plus. Le gène du facteur IX humain est isolé par génie génétique. Ce gène renferme le code qui dit à la cellule comment fabriquer le facteur IX humain. Le gène est inséré dans des cellules non humaines, par exemple des cellules de reins de bébés hamsters, des cellules ovariennes de hamsters chinois.

Ces cellules sont mises en croissance dans un milieu de culture.

Le facteur IX est séparé du milieu de culture, puis purifié.

Le facteur IX est une protéine beaucoup plus stable que le facteur VIII et ne requiert pas l'ajout d'albumine pour sa stabilisation.

Cela signifie que le facteur IX recombinant est le premier concentré de facteur recombinant qui ne renferme aucune composante de sang humain.

[u]Facteurs VIII et IX dérivés du plasma[/u]

Les facteurs VIII et IX dérivés du plasma sont faits de plasma humain. Les dons de plasma sont regroupés ensemble dans une usine de produits pharmaceutiques. Le plasma est ensuite séparé en ses différentes composantes. C'est ce que l'on appelle le fractionnement. Les principaux produits dérivés du plasma sont :

  • l'albumine (qui sert au traitement des brûlures)
  • les immunoglobulines (qui servent à traiter les problèmes immunitaires)
  • le facteur VIII (pour traiter l'hémophilie A)
  • le facteur IX (pour traiter l'hémophilie B).

Les produits de facteur VIII et de facteur IX dérivés du plasma sont actuellement très surs. Pour assurer l'innocuité des produits sanguins dérivés du plasma, on leur fait franchir plusieurs étapes.

  • On s'informe toujours auprès de chaque donneur pour déterminer s'il est plus susceptible que la normale d'héberger un virus hématogène. Si la personne présente un facteur de risque, on ne l'autorise pas à donner de son sang.
  • Chaque don de sang est soumis à des tests pour y déceler la présence d'anticorps dirigés contre les virus connus : VIH, hépatite B, hépatite C. Si les résultats des tests effectués sur un don de sang sont positifs, le sang n'est pas utilisé et le donneur ne peut plus donner de son sang.
  • Après sa fabrication, le produit final subit un procédé d'inactivation virale. Cela permet de détruire les virus qui pourraient se trouver encore dans le produit sanguin. Les méthodes d'inactivation virale sont les suivantes :
  • chauffage du concentré de facteur par la vapeur
  • traitement du concentré de facteur au moyen de solvants détergents.

Ces méthodes d'inactivation virale sont très efficaces pour détruire le VIH, le virus de l'hépatite B et de l'hépatite C. Le produit final est à nouveau soumis à des tests pour y vérifier la présence de bactéries ou de virus.

Il existe cependant des virus, par exemple le parvovirus B19 et le virus de l'hépatite A, qui résistent à certaines méthodes d'inactivation virale. En outre, d'autres virus encore inconnus pourraient à l'avenir contaminer le système sanguin.

[u]Traitement prophylactique et traitement à la demande[/u]

Lors d'un traitement prophylactique, les hémophiles reçoivent des concentrés de facteur plusieurs fois par semaine pour prévenir les saignements. L'objectif est de maintenir les taux de facteur VIII ou de facteur IX dans le sang suffisamment élevés pour empêcher les saignements de survenir. On a recours à ce type de traitement chez les enfants. On a démontré que le traitement prophylactique leur offre la meilleure chance d'atteindre l'âge adulte sans avoir endommagé leurs articulations

Le traitement à la demande consiste à administrer la perfusion de concentré de facteur dès le début d'un saignement. L'objectif est d'enrayer le saignement sans délai, avant qu'il n'ait pu endommager l'articulation ou le muscle.

[u]Complications du traitement substitutif[/u]

  • Les anticoagulants circulants

Certains hémophiles s'immunisent contre les facteurs VIII ou IX. Ils développent des anticorps qui bloquent l'activité des facteurs injectés. Ces anticorps diminuent ou annulent l'efficacité des transfusions. La recherche de ces anticoagulants circulants est systématique lors des bilans biologiques. Lorsqu'ils apparaissent, le traitement de l'hémophilie est complexe et réservé aux centres spécialisés, plusieurs moyens sont proposés qui sont assez efficaces.

  • Les infections virales

Au cours des décennies passées, les hémophiles ont été contaminés par le virus de l'hépatite B, de l'hépatite C, du VIH, et ont payé un lourd tribut à ces maladies virales, rendant ces complications plus graves que la maladie elle-même.

Depuis l'introduction des produits substitutifs actuels aucune transmission virale ou infectieuse n'a été mise en évidence.

Le risque de transmission d'agent transmissible non conventionnel comme le prion, par les protéines issues du plasma, n'est pas établi, aucun cas n'a été décrit à ce jour.

Pour en savoir plus

Adresses :

CRIPS Ile de France, Tour Maine-Montparnasse. BP 53, 75755 Paris Cedex 15 (Tél. 01 56 80 33 33)

Ligne d'information et de conseils sur les traitements (Tél. 01 43 67 00 00)

Quelques livres :