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La référence pédiatrique en ligne

site complémentaire du livre Votre Enfant, des Drs Rossant, éditions Robert Laffont

La fessée et autres châtiments corporels

 

Un article de VotreEnfant.

Voir aussi :L'enfant victime de sévices sexuels (pédophilie)

Comme Mlle Lambercier avait pour nous l'affection d'une mère, elle en avait aussi l'autorité, et la portait quelquefois jusqu'à nous infliger la punition des enfants quand nous l'avions méritée. Assez longtemps elle s'en tint à la menace, et cette menace d'un châtiment tout nouveau pour moi me semblait très effrayante ; mais après l'exécution, je la trouvai moins terrible à l'épreuve que l'attente ne l'avait été, et ce qu'il y a de plus bizarre est que ce châtiment m'affectionna davantage encore à celle qui me l'avait imposé. Il fallait même toute la vérité de cette affection et toute ma douceur naturelle pour m'empêcher de chercher le retour du même traitement en le méritant ; car j'avais trouvé dans la douleur, dans la honte même, un mélange de sensualité qui m'avait laissé plus de désir que de crainte de l'éprouver derechef par la même main. Il est vrai que, comme il se mêlait sans doute à cela quelque instinct précoce du sexe, le même châtiment reçu de son frère ne m'eût point du tout paru plaisant. Mais, de l'humeur dont il était, cette substitution n'était guère à craindre, et si je m'abstenais de mériter la correction, c'était uniquement de peur de fâcher Mlle Lambercier ; car tel est en moi l'empire de la bienveillance, et même de celle que les sens ont fait naître, qu'elle leur donna toujours la loi dans mon cour.

Cette récidive, que j'éloignais sans la craindre, arriva sans qu'il y eût de ma faute, c'est-à-dire de ma volonté, et j'en profitai, je puis dire, ensûreté de conscience. Mais cette seconde fois fut aussi la dernière, car Mlle Lambercier, s'étant sans doute aperçue à quelque signe que ce châtiment n'allait pas à son but, déclara qu'elle y renonçait et qu'il la fatiguait trop. Nous avions jusque-là couché dans sa chambre, et même en hiver quelquefois dans son lit. Deux jours après on nous fit coucher dans une autre chambre, et j'eus désormais l'honneur, dont je me serais bien passé, d'être traité par elle en grand garçon.

Qui croirait que ce châtiment d'enfant, reçu à huit ans par la main d'une fille de trente, a décidé de mes goûts, de mes désirs, de mes passions, de moi pour le reste de ma vie, et cela précisément dans le sens contraire à ce qui devait s'ensuivre naturellement ?

J.-J.Rousseau, Les Confessions, Livre I

«Tes mains, Brasse-Bouillon !» cria Mme Rezeau. Et, comme je ne les remettais pas assez vite

sur la table, un coup de fourchette, dents en avant, vint les ponctuer de quatre points rouges.»

Hervé Bazin, Vipère au poing - chapitre VII

Ai-je été nourri par ma mère? Est-ce une paysanne qui m'a donné son lait? Je n'en sais rien.Quel que soit le sein que j'ai mordu, je ne me rappelle pas une caresse du temps où j'étais tout petit; je n'ai pas été dorloté, tapoté, baisotté; j'ais été beaucoup fouetté.

Ma mère dit qu'il ne faut pas gâter les enfants, et elle me fouette tous les matins; quand elle n'a pas le temps le matin, c'est pour midi, rarement plus tard que quatre heures.

Mlle Balandreau m'y met du suif.

C'est une bonne vieille fille de cinquante ans. Elle demeure au-dessous de nous. D'abord elle était contante: comme elle n'a pas d'horloge, ça lui donnait l'heure.

"Vlin! Vlan! Zon! Zon!-voilà le petit Chose qu'on fouette; il est temps de faire mon café au lait."

Mais un jour que j'avais levé mon pan, parce que ça me cuisait trop,et que je prenais l'air entre deux portes, elle m'a vu; mon derrière lui a fait pitié.

Elle voulait d'abord le monter a tout le monde, ameuter les voisins autour; mais elle a pensé que ce n'était pas le moyen de le sauver, et elle a inventé autre chose.

Lorsqu'elle entend ma mère me dire: "Jacques, je vais te fouetter!

  • Madame Vingtras, ne vous donnait pas la peine, je vais faire ça pour vous.
  • Oh! chère demoiselle, vous êtes trop bonne!"

Mlle Balandreau m'emmène; mais au lieu de me fouetter, elle frappe dans ses mains; moi, je crie. Ma mère remercie, le soir, sa remplaçante.

"A votre service", répond la brave fille, en me glissant un bonbon en cachette.

Mon premier souvenir date donc d'une fessée. Mon second est plein d'étonnement et de larmes.

L'enfant. Jules Vallès, 1881

Ah! te voilà enfin, petit scélérat! Approche,... plus près...» A sa grande surprise, Charles obéit, les yeux baissés, l'air

soumis. Quand il fut à sa portée, elle le saisit par l'oreille; Charles ne lutta pas ; enhardie par sa soumission, elle prit une baguette et lui en donna un coup fortement appliqué, puis deux, puis trois, sans que Charles fit mine de résister; elle profita de cette docilité si nouvelle pour abuser de sa force et de son autorité; elle le jeta par terre et lui donna le fouet en règle, au point d'endommager sa culotte, déjà en mauvais état. Charles supporta cette rude correction sans proférer une plainte.

«« Va-t'en, mauvais sujet, s'écria-t-elle quand elle se sentit le bras fatigué de frapper; va-t'en, que je ne te voie pas ' »»

Charles se releva et sortit sans mot dire, le cour gonflé d'une colère qu'il comprimait difficilement. Il courut dans sa chambre pour donner libre cours aux sanglots qui l'étouffaient. Il se roula sur son lit, mordant ses draps pour arrêter les cris d'humiliation et de rage qui s'êchappaient de sa poitrine. Quand le premier accès de douleur fut passé, il se souvint de la douce Juliette, de ses bonnes paroles, de ses excellents conseils; après quelques instants de rèflexion, ses sentiments s'adoucirent; à la colère furieuse succéda une grande satisfaction de conscience; il se sentit heureux et fier d'avoir pu se contenir, de n'avoir pas fait usage de ses moyens habituels de défense contre sa cousine, d'avoir tenu la promesse que lui avait enfin arrachée Juliette, et qu'il résolut de tenir jusqu'au bout. Entièrement calmé par cette courageuse résolution, il descendit chez Betty, à la cuisine (...)

Mme Mac'Miche, se souvenant du carton qu'elle avait decouvert le matin,

arracha les boutons qui maintenaient la culotte de Charles; elle

allait commencer son execution, quand elle apercut les diables qui lui

presentaient les cornes et qui lui tiraient la langue; en meme temps

elle vit de la fumée s'elever et tourner autour de Charles, et elle se

sentit suffoquée par une forte odeur de soufre. Les bras tendus, les

yeux hagards, les cheveux hérissés, elle resta un instant immobile; puis

elle poussa un cri qui ressemblait a un rugissement plus qu'à un cri

humain, et tomba tout de son long par terre. Ce cri épouvantable attira

Betty, qui resta ébahie devant le spectacle qui s'offrit a sa vue: Mme

Mac'Miche étendue à terre, tenant encore la baguette dont elle voulait

frapper le malheureux Charles; et celui-ci, tournant le dos à la porte,

n'ayant pas encore rattaché sa culotte ni rabattu sa chemise, penché

vers sa cousine qu'il cherchait a relever. Mais chaque fois qu'elle

se sentait touchée par Charles, elle se roulait en poussant des cris;

Charles la poursuivait, elle roulant pour lui échapper, lui suivant pour

la secourir, et presentant toujours a Betty les diables qui avaient eu

un si brillant succès.

Betty parvint enfin a approcher Mme Mac'Miche et a dire a l'oreille de

Charles:

"Va-t'en, disparais; j'arrangerai ca."

Comtesse de Ségur, Un bon petit diable.

«Elle avait de larges mains et de larges pieds dont elle

savait se servir. Le nombre de kilogrammètres dépensés

par ces extrémités en direction de mes joues et de mes

fesses pose un intéressant problème de gaspillage de

l'énergie.» Jean Rezeau (le narrateur de "Vipère au poing")

«Qu'est-ce que je veux, moi ? Éviter les calottes. Papa

m'en donne moins que maman. J'ai fait le calcul.»

Poil de Carotte (héros de Jules Renard)

«Ma mère est contente quand elle me donne une gifle

(.) elle s'étire et rencontre la joue de son fils ; quelle

joie pour une mère de le sentir là, à sa portée, et de se

dire : c'est lui, c'est mon enfant, mon fruit, cette joue est

à moi, clac !»

Jacques Vingtras ("l'Enfant", de Jules Vallès)

Sommaire

Vidéos

Emission radio de France-Inter


Vidéos :


Les punitions vues par Victor Hugo :


Interdiction des fessées : pour une éducation sans violence

116 associations françaises demandent l'interdiction de toute forme de violence (tapes, gifles, fessées) contre les enfants (16 avril 2007)

Cent seize associations originaires de plus de cinquante départements français (métropole et outre-mer) ont signé un appel pour que les enfants aient droit à la même protection que les adultes, c'est-à-dire qu'il soit interdit de les frapper de quelque manière que ce soit.

Cette demande est conforme aux exigences des institutions internationales : Comité des droits de l'enfant des Nations Unies, UNICEF, OMS, UNESCO, Conseil de l'Europe qui demandent à tous les États d'interdire toute forme de punition corporelle.

Mais elle vient cette fois de l'intérieur du pays et d'associations réunissant des parents, des enseignants ou des professionnels de la santé soucieux de protéger les enfants et de lutter contre la violence. Ont notamment signé cet appel : la section française de Défense des Enfants International, l'Institut pour la promotion du Lien Social du Pr Pierre Karli, l'Institut Coopératif de l'Ecole Moderne-Pédagogie Freinet, l'Office Central de la Coopération à l'Ecole et l'Observatoire National d'Etudes des Conduites à risques.

En procédant à cette interdiction par la modification de l'article 371-1 du Code civil, la France remplira les engagements qu'elle a pris en signant la Convention relative aux droits de l'enfant, convention dont l'article 19 impose aux États de "protéger les enfants contre toute forme de violence".

Et elle rejoindra les dix-huit États, dont seize États européens, qui ont déjà interdit sur leur territoire toute forme de punition corporelle infligée aux enfants.

L'interdiction que demandent ces associations ne suppose aucune sanction supplémentaire par rapport au Code pénal actuel. Elle n'a pour but que de faire entrer dans les mours le principe qu'on n'a pas le droit de frapper les enfants, pas plus qu'on n'a le droit de frapper les femmes, les adultes en général ou les personnes âgées.

Pour que cette interdiction soit efficace, les associations demandent aussi, et ces deux demandes sont inséparables de la première :

1. qu'une information permanente accessible à tous soit assurée auprès des familles et des jeunes parents pour rappeler l'interdiction ;

2. qu'un soutien renforcé soit apporté aux parents pour les aider à éduquer leurs enfants sans recourir à des coups ou autres humiliations.

Cet appel va être présenté aux candidats aux présidentielles et législatives, à la Défenseure des enfants et, bien sûr, aux médias.

Toutes les associations agissant dans le domaine de l'enfance sont invitées à le signer.

Associations à l'origine de cet appel :

  • Observatoire de la violence éducative ordinaire
  • Association Ni claques ni fessées
  • Stop violence Stop maltraitance

Le texte de l'appel ainsi que la liste des associations signataires sont accessibles sur le site de l'Observatoire de la Violence Educative Ordinaire : http://www.oveo.org.

Association OVEO

représenté par Olivier Maurel

1013 c chemin de la cibonne 83220 - Le Pradet -

France

Tel : 04.94.21.68.73 - Fax :

Adresse e-mail : omaurel@wanadoo.fr

URL du site : http://www.oveo.org

Pour en savoir plus

Livres et articles récents (en plus de la bibliographie du livre)

Aubert J.-L.: Cet enfant qui n'écoute jamais. Albin Michel, 2006

Drory D.: Cris et chatiments. De boeck, 2004

10 astuces pour se faire obéir sans crier. Parents, octobre 2006

Quand faut-il punir et comment ? (Daniel Marcelli) : Enfant Magazine n°369, mai 2007