Le syndrome de l'X fragile
Un article de VotreEnfant.
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« Mme B., est très mal à l'aise avec son garçon premier-né Jean-Claude avec qui elle n'arrive pas à entrer dans une interaction affective de bonne qualité. L'examen clinique est normal et le pédiatre rassure la maman. Le petit garçon se développe normalement mais ses acquisitions sont tardives : il ne marche qu'à 18 mois et ne prononce aucun mot à 2 ans. Une deuxième grossesse survient rapidement et Mme B accouche de son deuxième enfant Bertrand alors que Jean-Claude a tout juste 2 ans. La maman, toujours angoissée, consulte le pédiatre au 3ème mois du deuxième enfant en disant : »Je ne comprend ni l'un ni l'autre, mais eux ils se comprennent très bien ». L'aîné présente une hyperactivité motrice typique : il déménage tout le cabinet en quelques minutes ! Il a un retard de langage et des stéréotypies à l'excitation. Son front est grand tout comme ses oreilles. Bertrand a un développement normal. Tous les deux ont un périmètre crânien à +2 DS. Devant l'angoisse de la mère, le médecin décide de rechercher une mutation de l'X fragile. Le diagnostic est ainsi réalisé chez ces deux enfants sans qu'il y ait eu possibilité de proposer un diagnostic prénatal du fait de la difficulté du diagnostic précoce de l'X fragile et du rapprochement des deux grossesses ».
« Le médecin de PMI adresse Jonathan âgé de un an pour bilan de retard psychomoteur. L'enfant ne tient pas assis et présente des signes dysmorphiques qui inquiètent le pédiatre : très grand front, oreilles larges et décollées hyperlaxité ligamentaire importante, peau douce et veloutée, plis profonds sous la plante des pieds. La maman souffre de troubles psychiatriques et est régulièrement suivie. Elle a présenté d'importantes difficultés scolaires. Le contact mère-enfant est excellent. En raison d'un périmètre crânien important à + 3DS, un scanner est réalisé et montre une hydrocéphalie externe (macrocéphalie isolée). La recherche d'une mutation de l'X fragile met en évidence une mutation complète chez Jonathan. La recherche chez la mère montre également une mutation complète, expliquant à posteriori ses difficultés d'apprentissage et ses troubles de la personnalité ».
Alors que le retard mental, léger ou sévère, touche globalement 2% de la population, le syndrome de l'X fragile représenterait environ 5 % des retards mentaux sans cause identifiée chez le garçon, et 30 % des retards mentaux liés à l'X .
Sa prévalence est de l'ordre de 1/4000 naissances masculines, et de 1 pour 7000 naissances féminines. Un garçon sur 1500 et une fille sur 2500 sont concernés.
Le syndrome de l'X fragile (X fra) a été décrit comme retard mental en 1943 : Martin et Bell identifient une famille de garçons déficients mentaux avec visage étroit et allongé associé à des grosses bourses (macro-orchidie). Le marqueur chromosomique et la fragilité du chromosome X dans certaines conditions de culture ont été mis en évidence en 1977. Le gène FMR1 a été cloné en 1991 et le mécanisme moléculaire a été découvert en 1993.
La maladie est en général diagnostiquée vers l'âge de 2 ans devant un déficit d'acquisition du langage (l'enfant ne dit pas de mot à 2 ans), un retard dans les apprentissages pouvant s'accompagner de manifestations d'hyperactivité ou d'un comportement autistique : stéréotypes, jeux solitaires, « flapping » des mains aux émotions (enfant qui fait la mouette en « battant des ailes »), auto agressivité comme la morsure des mains, contact oculaire fuyant, langage saccadé et écholalie, intérêt pour les objets qui tournent, l'eau qui coule.
Avec le temps, les signes se précisent :
- le [u]retard mental,[/u] quand la mutation est complète, est en général franc chez le garçon (QI autour de 40 - 60 en moyenne), et un peu moins marqué chez les filles;
Le diagnostic est important car le risque de récurrence de ce retard mental lié à l'X est de 50% pour chaque garçon dans la même fratrie alors qu'un diagnostic prénatal peut être proposé.
Le traitement repose sur la prise en charge précoce pour permettre aux enfants d'épanouir au mieux leurs capacités dans le cadre d'un CAMPS. La psychothérapie est proposée pour l'enfant et sa famille, ainsi que la rééducation orthophonique et de la psychomotricité, les interventions sociales pour aider ces familles.
Vu au microscope, le chromosome X atteint à l'air de se casser au niveau d'un bras long (gène FMR1 localisé en Xq27.3), d'où le nom de "maladie de l'X fragile". La transmission de cette maladie est très particulière : 20% des hommes et 70% des femmes porteurs de l'anomalie génétique sont normaux, la mutation est instable et dynamique, tendant à s'amplifier au cours des générations. Des hommes ne présentant aucun symptôme peuvent transmettre la maladie à leurs petits-enfants par l'intermédiaire de leurs filles qui elles-mêmes sont le plus souvent normales.
Ce mécanisme particulier de mutation chromosomique par [u]instabilité du nombre de triplets nucléotidiques[/u] a permis la compréhension d'une douzaine de maladies génétiques dont la transmission était mal comprise (chorée de Huntington, myotonie de Steinert, ataxie de Freidreich.).
L'étude du [u]caryotype [/u]est délicate, mais reste indispensable devant un retard mental.
La [u]génétique moléculaire [/u]affirme le diagnostic. Il est possible de détecter directement les mutations au moyen de sondes ADN, ce qui permet d'établir le diagnostic de maladie de l'X fragile et d'identifier les membres de la famille porteurs d'anomalies. Le diagnostic se fait par PCR (polymerase chain reaction) qui mesure un fragment d'ADN dont la taille dépend du degré d'amplification d'un triplet nucléotidique CGG. Une autre technique, le Southern blot, plus lourde et coûteuse, peut être utilisée en deuxième intention.
L'information génétique permet d'informer les familles et peut proposer une enquête familiale.
Le [u]diagnostic anténatal [/u]chez les femmes conductrices est possible.
Il n'y a pas de malformation associée à l'X fragile et le diagnostic ne peut être fait sur les échographies in utero.
L'étude des caractéristiques génétiques d'une enfant asymptomatique, à risque d'être porteuse d'un syndrome de l'X fragile, est interdite par le décret n°2000-570 du 23 juin 2000 « fixant les conditions de prescription et de réalisation des examens des caractéristiques génétiques d'une personne ». Cette loi indique que les recherches ne peuvent être faites que lorsque l'enfant peut personnellement en bénéficier dans sa prise en charge ou si des mesures préventives ou curatives peuvent être prises pour sa famille. Or, il n'y a ici aucun traitement étiologique et aucun traitement spécifique. Les bénéfices du diagnostic sont uniquement d'ordre génétique : conseil génétique dans la famille, recherche et prise en charge génétique des collatéraux à risque.
Dossier sur l'X fragile au format PDF :
Pour en savoir plus
- Gérard-Blanluet M. : Le syndrome de l'X fragile. MTPédiatrie, 2003, 6, 2, 59
- Beauvais P., Houdayer C. : Syndrome de l'X fragile, Revue du Praticien Monographies, 51,13, 1476-1480, 2001
- Le syndrome X fragile, ANAES 1997, 9, 189-244
- Association Nationale du Syndrome X Fragile (A.N. Xfra) "Le Goëland" -
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