Les allergies dues aux animaux
Un article de VotreEnfant.
"Depuis des temps immémoriaux, l'homme a cohabité avec des animaux; et dans une société industrielle comme la nôtre, les contacts avec les animaux sont beaucoup plus fréquents qu'on ne le croit. La puissance de l'industrie consacrée aux animaux de compagnie est telle par le nombre de milliards dépensés en publicité pour faire préférer telle marque de granulés à telle autre, que les mises en garde des spécialistes des maladies infectieuses et parasitaires, ou des allergologues, sont vouées à un échec relatif. Il faut être conscient du caractère hautement allergisant de la salive, de l'urine, des squames, des poils des animaux, et réinventer des territoires respectifs et séparés".
G. Halpern
Les maladies allergiques sont de plus en plus fréquentes dans tous les pays et représentent d'après l'OMS la 6ème pathologie mondiale. Les mutations sociologiques du XX° siècle ont transposé la majorité de la population des pays développés des zones rurales vers les agglomérations urbaines. L'habitat y est très différent et les animaux familiers qui vivaient surtout à l'extérieur des habitations dans nos campagnes sont aujourd'hui confinés dans les logements. C'est peut-être, parmi beaucoup d'autres facteurs, une des causes de l'augmentation de fréquence de l'allergie respiratoire.
1°) Les principaux symptômes de l'allergie aux animaux
Les symptômes sont classiques. Quelques minutes après le contact avec l'animal responsable, l'enfant présente de façon diversement associée un écoulement nasal, des yeux rouges, une toux spasmodique, une crise d'asthme, de l'urticaire et parfois même un odème de Quincke.
L'allergie aux animaux est un problème régulièrement soulevé chez l'enfant perpétuellement enrhumé ou qui souffre d'infections ORL ou bronchiques à répétition. Chez l'enfant asthmatique, l'origine animale des allergies est souvent au centre des discussions médicales.
2°) Le contact avec les animaux peut être sensibilisant
"Il est frappant de voir combien de familles introduisent au foyer un animal familier, alors même qu'elles comptent un ou plusieurs allergiques avérés. Les personnes s'en justifient ultérieurement en précisant que le test était négatif vis-à-vis de l'animal en cause: malgré les conseils, ils n'ont retenu que ce résultat personnel considéré comme prédictif. Il est démontré pourtant que l'allergie au chat s'acquiert..."
G. de Montis
La salive, l'urine, les squames, les poils des animaux domestiques sont des allergènes puissants.
Les délais de sensibilisation de l'enfant peuvent être longs de l'ordre de 6 mois à 4 ans, plus longs pour le chien que pour le chat. Il semblerait que les contacts occasionnels soient plus sensibilisants que les contacts permanents (Paupe, 1985) ; c'est le cas des enfants gardés au domicile de nourrices possédant un animal. Les sensibilisations peuvent survenir en l'absence de tout contact direct avec un animal, par l'intermédiaire de vêtements ou de meubles. Plus l'environnement allergénique est riche en squames et poils d'animaux, plus la sensibilisation est facile. Le risque est maximum quand plusieurs animaux, sortant peu de la maison et dormant dans la chambre de l'enfant, vivent au foyer.
L'incidence de la sensibilisation aux poils d'animaux chez l'enfant serait globalement de 25% pour le chat et 5,2 % pour le chien.
G. de Montis a publié des chiffres plus précis en ce qui concerne le risque d'allergie au chat chez des enfants présentant une symptomatologie respiratoire d'origine présumée allergique :
- en cas de dermatite atopique dans les antécédents : risque de sensibilisation = 60,8%
- garçons de groupe rhésus (cc) avec antécédents respiratoires allergiques familiaux mais sans eczéma = risque de 46,5%
- enfants de groupe rhésus (CC) soumis au tabagisme passif = risque de 39,4%
L'étude de De Montis dans une population d'enfants et d'adolescents atteints de pathologie respiratoire présumée allergique et exposés au chat révèle ainsi que l'existence d'une dermatite atopique (eczéma) accroît significativement le risque de sensibilisation. Chez les enfants sans antécédent personnel de dermatite atopique, le risque est accru significativement s'il existe des antécédents familiaux de pathologie respiratoire présumée allergique et s'il s'agit de garçons de rhésus (cc). Le tabagisme passif imposé à l'enfant augmente le risque de sensibilisation si l'enfant possède dans son phénotype rhésus l'antigène C en double dose.
Pour ce pédiatre allergologue de l'hôpital Saint-Vincent-de-Paul (Paris), en l'absence de marqueur constitutionnel de risque indiscutable et facile à identifier, ces facteurs d'aggravation du risque permettraient de personnaliser les conseils d'hygiène et d'envisager des mesures préventives individualisées.
3°) Les animaux concernés
Le chat : ses allergènes sont puissants. L'allergène principal (Fel D1) est une glycoprotéine présente dans la salive et la fourrure. Le chat en se léchant dépose sa salive très allergisante sur ses poils. L'allergie au chat se traduit parfois par une conjonctivite impressionnante avec un chémosis et des démangeaisons incessantes. Urticaire et oedème de Quincke sont possibles de même qu'asthme et rhino conjonctivite. Il existe une allergie croisée avec le léopard, le lion, le lynx et le jaguar.
Dans le cas où l'enfant souffre d'une allergie reconnue au chat, deux races semblent appropriées car très peu allergisantes : le Rex Cornish (à poil bouclé) et le Sphinx (chat nu).
L'allergène majeur du chat (Fel dI) fait partie intégrante des allergènes de la poussière domestique, de sorte qu'on peut être sensibilisé au chat ... sans pour autant avoir cet animal chez soi. (...) Les allergènes sont également présents dans les particules de poussière retrouvées sur le sol, les moquettes, les murs et même, dans les particules de faible taille en suspension dans l'air ambiant. Les allergènes du chat peuvent persister longtemps, jusqu'à 6 mois, après l'éviction totale de l'animal.
Le délai pour acquérir une sensibilisation est plus court pour le chat que pour le chien
Le traitement repose sur l'éviction de l'animal et, à défaut, sur un ménage régulier (aspiration de la poussière, nettoyage des murs), l'extraction de l'air contenant les fines particules contenant l'allergène en suspension. De plus, le lavage hebdomadaire du chat réduit significativement la "charge allergénique". La désensibilisation peut être réalisée mais, pour l'instant, son efficacité n'est pas validée" (G.Dutau).
Le chien est moins sensibilisant que le chat. Les squames sont plus allergisantes que la salive, le sérum et l'urine de l'animal. Il existe une spécificité d'espèce, contrairement au chat. Le boxer et le schnauzer sont les plus allergisants. Les caniches, par contre, sont peu allergisants. Il existe une allergie croisée avec le chacal et le loup. Les symptômes principaux sont la rhinite et l'asthme. Dans un travail portant sur 203 enfants asthmatiques non sélectionnés, l'incidence des sensibilisations aux chiens varient entre 41 et 69% selon le critère utilisé. Dans une autre étude, les enfants exposés aux chiens durant la première année de vie ne développent pas ultérieurement une allergie plus fréquemment que ceux qui ne sont pas exposés.
Les squames et poils de chevaux sont très allergisants. Les squames de cheval engendrent des allergies violentes, notamment des crises d'asthme sévères. Le crin de cheval se trouve dans les matelas, les fauteuils et même dans le plâtre des maisons anciennes. Il existe une allergie croisée avec le zèbre, le mulet, l'âne et le poney.
"La fréquence de l'allergie au cheval est en augmentation. Les signes d'appel sont par ordre de fréquence la conjonctivite (64%), l'asthme (54%), le coryza spasmodique (40%), puis divers symptômes tels que angioedème, urticaire, eczéma (au total 18%). Le diagnostic est simple devant l'anamnèse, la positivité des prick-tests avec une induration supérieure à 5 mm, parfois "explosifs", et par le dosage des IgE sériques spécifiques qui est positif de façon pratiquement constante. Il s'agit en règle de sujets polysensibilisés. Le plus souvent (80%) cette allergie survient à l'extérieur des maisons (centres équestres), mais elle peut aussi se manifester par le seul contact avec les vêtements d'un cavalier ramenés à la maison ou avec ceux d'un père vétérinaire. On a pu également noter cette allergie dans les centres de réadaptation pour les infirmes moteurs cérébraux où l'on pratique l'équithérapie. L'éviction doit être conseillée en tout premier lieu. Si elle est matériellement impossible (enfant très attaché à son animal favori) ou aléatoire (vétérinaire), un traitement par les antihistaminiques de dernière génération et le cromoglycate disodique ou le nédocromil mérite d'être entrepris. En cas de résultat partiel, l'hyposensibilisation spécifique peut être proposée" (Dutau G.).
Les bovins présentent quatre allergènes majeurs (phanères, urine, salive, viande). La sensibilisation de contact au cuir de bovin existe ainsi que les allergies respiratoires aux squames de bovins. La laine vierge brute de mouton, les peaux de moutons peuvent déclencher des réactions allergiques violentes ainsi que la teinture de laine. Une allergie croisée est possible avec le mouton et la chèvre.
L'allergie au lapin représente 7% des allergies aux poils d'animaux. Un oedème de Quincke est fréquent. Les rongeurs (cobayes, hamsters, rats, souris) sont également riches en allergènes.
Les oiseaux (perroquets, canaris, perruches, pigeons, poules, canards, oie, ménates, cardinaux, bouvreuils...) sont rarement en cause par leurs plumes. Par contre, les déjections qui sèchent et se réduisent rapidement en poussière se répandent dans toute la maison et provoquent rhinite et asthme. Les allergies observées peuvent aussi être dues aux plumes colonisées par des acariens. Dans certains pays, les pigeonneaux sont élevés sous les lits des enfants et le "poumon d'éleveur d'oiseaux" se voit chez des nourrissons dont les bronches, traumatisées de façon sérieuse, pourront être le siège plus tard de manifestations asthmatiques (Halpern).
Parmi les insectes, les blattes sont presque devenus des animaux familiers puisqu'ils prolifèrent en ville et ont un rôle allergisant certain. L'allergie envers les puces, les tiques (fourrure de lapin, chatons, chiots) est connue. L'acarien de la fourrure de lapin (chelytiella) se voit également chez les chatons et les chiots au printemps et à l'automne. Responsable de dermatoses chez les animaux, il provoque de l'urticaire et de l'eczéma chez l'homme.
Les insectes piqueurs (abeilles, guêpes, frelons) sont responsables d'allergies graves parfois mortelles. Le venin provoque chez tous les sujets une petite réaction locale mais chez les allergiques, on peut assister à un choc avec éruption et crise d'asthme.
La poussière de foin se trouve dans les étables et dans certains élevages. On la trouve aussi dans les appartements où vivent certains animaux de compagnie, rongeurs ou logomorphes. La poussière de foin et de paille peut aussi être ramenée à la maison sur des vêtements portés par les enfants pratiquant l'équitation.
4°) Diagnostic
Il est fait en étudiant les conditions de vie par l'interrogatoire, par les tests cutanés (pricks ou intra-dermoréaction), le dosage des IgE spécifiques (RAST) et les tests de provocation.
L'enfant est considéré comme allergique si la prise de sang montre une sensibilisation biologique franche à l'animal (chat le plus souvent) avec un RAST supérieur ou égal à la classe 2 (0,70 PRU). Il est également considéré comme allergique si le RAST est négatif ou positif en classe 1 (<0,70 PRU) avec un test cutané franchement positif en lecture immédiate. L'enfant est considéré comme douteux lorsque le RAST est négatif ou seulement positif classe 1 et que le test cutané est faiblement positif. Lorsque le RAST et le test cutané sont l'un et l'autre négatifs, les enfants sont dits "négatifs" et ne présentent pas d'allergie.
5°) Traitement
"Le seul vrai traitement de l'allergie à un animal de compagnie est de supprimer la vie commune avec cet animal"
G.Halpern
L'éviction est le traitement de base en cas d'allergie sévère récidivante. Il faut bien entendu être sûr de la responsabilité de l'animal dans les symptômes afin de ne pas imposer une séparation inutile. Cette éviction n'est pas simple par tous les problèmes psychologiques et pratiques qu'une telle attitude impose.
Il est parfois possible de proposer une hyposensibilisation spécifique pour le chat et le chien. C'est plus rare pour le cheval et les bovins car l'éviction est plus simple et les extraits allergéniques sont d'utilisation délicate. Pour les rongeurs, l'éviction est de règle.
Il est parfois possible d'éloigner temporairement l'animal, pendant les premiers mois de la désensibilisation puis de lui faire réintégrer le domicile familial. Les traitements classiques anti-histaminiques (Polaramine, Primalan, Teldane, Zaditen etc.) sont souvent conseillés.
6°) La prévention
Il faut déconseiller la venue d'un animal domestique dans le foyer d'un enfant atopique. Les enfants allergiques sont prédisposés à acquérir des allergies envers des allergènes nouveaux mais reconnus. Le Professeur Dutau (Toulouse) est catégorique :
"La question se pose parfois, chez un individu allergique aux acariens de savoir s'il peut acquérir un animal. Dans ce but, les parents sollicitent souvent la réalisation de tests cutanés, pensant que leur négativité peut permettre l'acquisition de l'animal. Il faut les détromper : un individu déjà allergique à un pneumallergène a plus de chance que celui qui n'est pas allergique de constituer d'autres allergies. Et, bien sûr, la négativité d'un test cutané ne préjuge pas de ce qu'il deviendra après quelques mois ou années d'exposition. Il vaut donc mieux être très prudent quant à l'acquisition d'un animal, pour ne pas générer plus tard des problèmes psychologiques pour l'enfant... et des "difficultés" pour l'animal !"
Si l'animal est déjà présent lors de l'arrivée d'un enfant, il faut lui interdire l'accès de la chambre de l'enfant et lui apprendre à se coucher sur un petit tapis personnel qui sera régulièrement lavé et sur lequel l'enfant ne viendra jamais jouer.
L'enfant doit apprendre à se laver les mains après avoir caressé l'animal et à se frotter les pieds sur un paillasson avant d'entrer dans sa chambre pour éviter la pénétration des allergènes portés sur les chaussures.
"L'animal domestique doit être banni de la chambre de l'enfant. Trop de parents qui n'admettraient jamais que leur fils se mette au lit avec ses chaussures trouvent tout naturel qu'un chat ou un chien se couche sur son oreiller...sans enlever ses pattes!".
(B.Halpern)
Pour en savoir plus
Sélection de sites Internet :
- Association française pour la prévention des allergies
Afpral : tél. : 01 48 18 05 84 et
- htpp://www.prevention-allergies.asso.fr
- ABC allergies :
- htpp://www.abcallergie.com
- Allergofrance :
- tél. 03 44 97 20 30
- Bibliographie sur les allergies


