Les laryngites
Un article de VotreEnfant.
Le croup véritable est fort rare, tandis que sa première phase ou le faux-croup est malheureusement très fréquent ; je vais indiquer les moyens de reconnaître et combattre le faux-croup. Il se manifeste par une toux enrouée qui ressemble au chant d'un jeune coq ou à l'aboiement d'un chien enroué, et par une gêne visible dans la respiration. Des observations faites pendant quinze ans par un médecin plein de talent et de tact médical, le docteur Mazier, de L'Aigle, constatent : Que le croup ne se déclare jamais que la nuit ; Que le croup provient d'un courant d'air qui vient frapper la figure et le cou de l'enfant pendant son sommeil. Des centaines d'expériences ont confirmé cette observation. Placez le lit de votre enfant de manière que les portes, en s'ouvrant et en se fermant, ne fassent pas soufflet sur lui quand il dort, que les fenêtres soient assez éloignées pour qu'il ne sente pas l'air qui en vient ; placez-le enfin hors de tout filet d'air, et il n'aura jamais le croup. Évitez de mettre le lit de l'enfant contre le mur, car les courants d'air suivent toujours les murs. Si malgré ces précautions, l'enfant se réveillait avec une toux croupale, commencez par changer le lit de place ; une crevasse dans le mur, une fente suffisent pour donner le croup. Ensuite, mettez à la plante des pieds des cataplasmes de farine de lin, saupoudrés d'une bonne pincée de camphre en poudre. (J'indiquerai plus loin la manière de faire les cataplasmes et de réduire le camphre en poudre.) Si la toux croupale disparaît et fait place à une toux ordinaire, ne faites plus rien que tenir les pieds chauds au moyen d'une bouteille d'eau bouillante et faites boire chaud soit de l'eau sucrée, soit de l'eau gommée. Si au bout d'un quart d'heure la toux persiste ainsi que l'enrouement et surtout la suffocation, délayez un grain d'émétique dans un verre d'eau sucrée tiède, et faites-en prendre à l'enfant deux cuillères à café toutes les cinq minutes jusqu'à ce qu'il vomisse. Quand il aura vomi deux ou trois fois, si la respiration devient plus facile, la voix plus claire, la toux plus naturelle comme une simple toux de rhume, laissez l'enfant dormir ; mettez-lui seulement une bouteille d'eau chaude aux pieds, et enveloppez-les de laine ou de ouate après avoir retiré les cataplasmes (...) Quand une toux croupale prend un enfant de jour, soyez sûr qu'il a avalé quelque chose qui s'est logé dans la cavité du larynx ; j'en ai été témoin plus d'une fois.
Comtesse de Ségur, La Santé des Enfants, 1855
Le larynx peut être schématiquement considéré comme un tube à 3 étages :
- l'étage supérieur, sus-glottique ou "vestibule", large, souple, pouvant se dilater ;
- l'étage moyen : la glotte qui est une fente ;
- l'étage inférieur sous-glottique, cylindrique, non extensible, enserré dans un anneau cartilagineux. La muqueuse est tapissée de formations lymphoïdes promptes à s'enflammer et à réduire le calibre de la filière respiratoire.
On peut classer les laryngites selon :
- leur cause : en général, ce sont des virus mais des bactéries peuvent être responsables;
- l'étage atteint : sus ou sous-glottique;
- le mécanisme : la laryngite striduleuse (spasmodique) à début brutal mais vite résolutive s'oppose à la laryngite odémateuse à début progressif mais d'évolution parfois sévère.
Les laryngites sont très fréquentes entre 18 mois et 3 ans, et surtout de novembre à avril.
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La laryngite striduleuse (ancien "faux croup")
"L'enfant très légèrement enrhumé s'est couché bien portant et s'est endormi tranquillement. Tout à coup, au milieu de la nuit, entre 23 heures et 1 heure du matin éclate un accès d'oppression. L'enfant se réveille en sursaut, dans une agitation notable, la toux est rauque, forte et bruyante, la respiration haletante, l'inspiration sifflante, le cri est rauque, jamais éteint comme dans la diphtérie". Armand Trousseau (1801-1867)
Cette description reste toujours d'actualité.
La mère téléphone en pleine nuit à son médecin :"Mon enfant est en train de s'asphyxier....!". Souvent, en entendant l'enfant tousser derrière la mère, le médecin, au téléphone, fait le diagnostic...
La crise dure environ une heure et lorsque le médecin arrive sur place, bien souvent, l'enfant respire normalement mais garde une toux rauque qui permet le diagnostic.
La laryngite striduleuse résulte d'un simple état inflammatoire de la muqueuse laryngo-trachéale sans odème. La survenue de spasmes, de contractures laryngées nocturnes peuvent provoquer des accès de toux asphyxiante suivis d'apnée et de cyanose.
Le malade a souvent le faciès adénoïdien des enfants présentant des rhinopharyngites à répétition (voir p.XXX II.2.3.3.) et un bon état général.
L'évolution est toujours très bonne.
Les récidives sont fréquentes. L'ablation des végétations adénoïdes est souvent conseillée.
L'invasion de la rougeole peut aussi se manifester de la sorte et le médecin recherche le signe de Köplik
Les laryngites odémateuses
La laryngite aiguë sous-glottique
C'est la plus fréquente des laryngites de l'enfant.
Le plus souvent d'origine virale, elle survient volontiers dans un contexte d'épidémie de grippe.
L'odème de la muqueuse sous-glottique entraîne une dyspnée (gêne respiratoire) en raison de l'étroitesse du larynx à ce niveau. L'hypersécrétion de la muqueuse et la diminution de la mobilité des cordes vocales aggravent la réduction du calibre du larynx
Le début est marqué par une rhinopharyngite d'allure banale avec un peu de fièvre. Voix et toux rauques, inspiration lente et difficile avec tirage sus-sternal et cornage (bruit inspiratoire de tonalité grave) vont aller en s'accentuant.
En pleine nuit, la dyspnée laryngée s'installe avec toux aboyante et voix rauque. Une polypnée, un battement des ailes du nez sont souvent constatés en raison de la bronchite associée.
Un traitement s'impose d'urgence d'autant plus que l'enfant est très jeune.
Si sous l'action du traitement, aucune amélioration ne survient ou si a fortiori une aggravation est notée, l'enfant doit être transféré dans un service de réanimation car le risque de complication cardio-respiratoire est majeur.
L'épiglottite (laryngite sus-glottique)
Elle est rare et grave. La vaccination systématique anti-hémophilus a fait presque entièrement disparaître cette grande urgence pédiatrique.
L'épiglotte est boursouflée, très volumineuse et fait clapet sur l'orifice supérieur du larynx. L'air a du mal à passer...
Le début est brutal : la fièvre est très élevée et la dyspnée laryngée s'installe rapidement.
L'enfant est assis sur son lit, penché en avant, luttant contre l'asphyxie, le visage vultueux et angoissé, la bouche ouverte, la langue pendante bavant une salive qu'il ne peut avaler.
Le tableau est inquiétant.
Il ne faut surtout pas essayer de coucher l'enfant ni de regarder le fond de la gorge avec un abaisse-langue : il y a danger de mort réflexe !
L'enfant doit être transféré dans un centre de soins intensifs sans perte de temps. Toute manipulation intempestive, tout retard à l'hospitalisation, tout transport mal assuré, peuvent conduire au décès.
Le responsable est généralement l'hémophilus influenzæ
Les autres causes de laryngite
La rougeole et la coqueluche sont parfois responsables de laryngites.
Il faut également penser aux piqûres d'insectes dans la gorge (odème de la glotte allergique ou odème de Quincke), aux corps étrangers inhalés et aux angiomes sous-glottiques.
Chez le nourrisson, une tétanie avec hypocalcémie peut simuler une laryngite.
Quel est le traitement des laryngites ?
Le traitement allopathique
L'enfant et la famille doivent tout d'abord être calmés. L'angoisse, l'agitation ne font qu'augmenter l'impression d'asphyxie de l'enfant.
L'atmosphère doit être humidifiée : quelques feuilles d'eucalyptus dans une casserole d'eau chaude est un moyen traditionnel qui a fait ses preuves.
Le nébuliseur, l'humidificateur électrique peuvent aussi être utilisés.
L'enfant peut être installé dans la salle de bain tandis qu'on fait couler de l'eau chaude dans la baignoire. Portes et fenêtres bien fermées, la vapeur d'eau ne se dissipe pas.
Des compresses humides et chaudes nouées autour du cou ont souvent un effet favorable.
Les corticoïdes en gouttes (Célestène, Solupred.) ou injectables (Célestène®, Solumédrol® etc...) font partie du traitement immédiat. Les aérosols corticoïdes utilisés dans le traitement de fond de la maladie asthmatique peuvent également être essayés (Bécotide, Flixotide etc.).
Si au bout de quelques heures, aucune amélioration n'intervient, si le tableau clinique est d'emblée inquiétant, l'enfant doit être hospitalisé en urgence. Une intubation trachéale voire une trachéotomie d'extrême urgence de sauvetage sont parfois nécessaires.
Quelle est la place de l'homéopathie ?
Une laryngite peut toujours évoluer vers une forme grave telle l'épiglottite. Même si elle est exceptionnelle, il est indispensable d'appeler le médecin.
En attendant, surtout lorsque l'enfant a l'habitude de faire des laryngites striduleuses, on peut commencer le traitement homéopathique associé à l'humidification de l'atmosphère :
- Spongia 7 CH : 3 granules toutes les 3 à 5 minutes jusqu'à cessation de la crise.
- Aconit 7 CH : après un coup de froid sec
- Argentum metallicum 7 CH : sensation en avalant d'écharde dans la gorge
- Causticum 7 CH : douleur vive, aphonie
- Aurum triphyllum, Ignatia, Phosphorus, Hepar sulfur, Belladona, Sambucus, Rhus toxicodendron sont parfois indiqués.
En cas d'échec ou d'aggravation dans un délai court, il ne faut pas retarder le traitement allopathique et le commencer rapidement.
L'essentiel
Les laryngites sont fréquentes chez l'enfant.
La laryngite striduleuse débute brutalement et cesse rapidement.
La très dangereuse laryngite sus-glottique a quasiment disparu avec le vaccin anti-hémophilus.


