Les maladies génétiques
Un article de VotreEnfant.
Quelques mots d'histoire
Quelques mots de biologie
Différents modes de transmission
Aberrations chromosomiques
Conseil génétique et diagnostic prénatal
Thérapie génique
Problèmes éthiques
Pour en savoir plus
vidéo : génétique
Sous le terme général de maladies "héréditaires", on regroupe :
- les aberrations chromosomiques responsables de syndromes malformatifs et dont le diagnostic peut se faire au microscope en étudiant un caryotype : trisomie 21, 18, 13 etc., syndrome de Turner X0 ou de Klinefelter XXY etc.
- les maladies transmissibles selon un mode mandélien mais dont l'anomalie responsable se situe au niveau biochimique donc invisible au microscope (caryotype classique normal par les techniques conventionnelles) et reconnue aujourd'hui grâce aux techniques de biologie moléculaire étudiant les gènes ;
- les maladies familiales dont l'hérédité est multifactorielle et où d'autres facteurs non génétiques interviennent.
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1°) Quelques mots d'histoire
Les recherches génétiques actuelles sont à l'origine du plus extraordinaire bouleversement des connaissances depuis que la médecine existe.
Pour mesurer le chemin parcouru, il faut se rendre compte que la génétique est une science récente, née comme la physique atomique, au début du XX° siècle.
C'est en 1900 que le botaniste hollandais Hugo de Vries redécouvre les lois de Mendel qui permettent de comprendre les règles de la transmission héréditaire des traits caractéristiques des organismes. En 1915, Thomas Morgan (New York, USA) démontre que l'ensemble des chromosomes porte les "gènes". En 1944, Avery découvre l'acide désoxyribonucléique ou ADN, ce qui permet à Crick et Watson (Cambridge, Grande-Bretagne) de comprendre en 1953 comment l'information héréditaire est enregistrée sous forme d'un message codé dans les gènes. Leur découverte, sans doute l'une des plus importantes du XX° siècle, démontre comment le message héréditaire est écrit dans les gènes sous forme d'une suite de symboles constitués par les unités chimiques de l'ADN (nucléotides).
Vingt ans plus tard, le génie génétique se développe grâce aux progrès de la chimie des acides nucléiques. Des enzymes particulières sont mises au point en 1973. Elles permettent de découper et de recoller à volonté des filaments d'ADN extraits des cellules et d'implanter des gènes d'animaux ou d'hommes dans des bactéries. Grâce à ces "manipulations génétiques", les biologistes font produire dès 1978 des hormones humaines (insuline, hormone de croissance) par des bactéries.
- 1962 : James Dewey Watson reçoit le prix Nobel pour la découverte de la structure de l'ADN.
- 1972 : premier ADN recombinant (ou produit par manipulation génétique) in vitro.
- 1975 : invention de la méthode de Southern permettant la visualisation des gènes à partir d'un génome complexe.
- 1976 : premier diagnostic prénatal par analyse de l'ADN (ou biologie moléculaire) de la thalassémie et découverte du premier oncogène (ou gène du cancer).
- 1977 : premiers clonages (ou reproduction in vitro) et premières localisations sur un chromosome de gènes humains (ceux de l'hémoglobine).
- 1978 : diagnostic prénatal par analyse de l'ADN de la drépanocytose et constitution de la première banque génomique (de l'ensemble des fragments chromosomiques de l'ADN) humaine.
- 1980 : élaboration de la stratégie dite "génétique inverse" permettant à partir d'une maladie d'isoler le gène inconnu responsable et d'établir ainsi progressivement la carte du génome humain. Clonage et séquençage (ou décryptage de l'ADN) des gènes de l'interféron. Clonage du génome du virus de l'hépatite virale B. Création de Transgène, société phare du génie génétique français.
- 1982 : production par génie génétique de l'insuline humaine. Apparition des premières souris transgéniques (ou génétiquement transformées) géantes.
- 1983 : découverte par l'étude du rétinoblastome du premier anti-oncogène (gène suppresseur du cancer). Séquençage du génome du virus du Sida. Localisation du gène de la chorée ou maladie de Huntington.
- 1984 : clonage et séquençage du gène du facteur antihémophilique VIII.
- 1985 : production par génie génétique de l'hormone de croissance. Utilisation de la biologie moléculaire en médecine légale (problème de filiation, criminalistique) : technique des "empreintes génétiques". Localisation du gène de la myopathie de Duchenne et diagnostic prénatal à l'aide de la génétique inverse. Localisation des gènes de la mucoviscidose et de la polykystose rénale dominante. Invention de la PCR (polymerase chain reaction ou méthode d'amplification génétique).
- 1986 : Production par génie génétique de l'Erythropoiétine.
- 1987 : Clonage et séquençage du gène de la myopathie de Duchenne. Clonage et séquençage du gène de la différenciation testiculaire. Localisation chromosomique du gène de la polypose colique familiale et d'un des gènes de la maladie d'Alzheimer. Fabrication par génie génétique de vaccin contre l'hépatite virale B. Clonage du gène de l'enzyme de conversion de l'angiotensine impliqué dans l'infarctus du myocarde.
- 1989 : Clonage et séquençage du gène CFTR (Cystic Fibrosis conductance Transmembrane Regulator) pour la mucoviscidose (chromosome 7). Début de la thérapie génique aux USA (Rosenberg : mélanome métastasé...).
- 1990 : découverte de gènes de prédisposition au diabète juvénile insulinodépendant (Degos);
- 1991 : Elucidation du mécanisme de transmission du syndrome de l'X fragile et diagnostic prénatal. Clonage et séquençage du gène du cancer du colon. Production par génie génétique de l'Interféron et du facteur de croissance cellulaire G-CSF.
- 1992 : Identification d'un gène du diabète non insulino-dépendant (DNID). Elaboration de la carte physique du chromosome 21 et du chromosome X. Cartographie de la moitié du génome humain par le Généthon et le CEPH.
Identification de gènes de l'hypertension artérielle et de l'infarctus du myocarde.
- 1993 : détection d'un gène localisé sur le chromosome 17 exposant au risque de cancer du sein.
Quelques dates importantes
II°) Quelques mots de biologie
Il est impossible dans le cadre de cet ouvrage de détailler les progrès immenses qui ont eu lieu en ce domaine depuis la découverte de l'ADN et de l'ARN, la compréhension de la structure des chromosomes et les avancées spectaculaires de la génétique moléculaire ayant permis de déchiffrer la totalité du génome humain. Le lecteur intéressé par ce passionnant chapitre de la biologie humaine pourra consulter les ouvrages cités en bibliographie.
Tout organe dans l'organisme est constitué de cellules vivantes. Toute cellule de l'organisme, une cellule du foie, de l'intestin, de muscle etc., comprend un noyau et un cytoplasme. Chaque noyau cellulaire (à l'exception des gamètes) possède 23 paires de chromosomes qui sont porteurs du patrimoine génétique grâce à l'acide désoxyribonucléique ou ADN. Chacun des chromosomes porte un numéro de 1 à 22, le 23ème étant soit X soit Y. Il a deux chromosomes pour un même numéro. Il y a deux chromosomes n°1, deux chromosomes n°2 etc. Un chromosome de chaque paire provient du père, l'autre de la mère
Il y a 22 paires de chromosomes non sexuels : les autosomes et une paire de chromosomes sexuels (gonosomes) : XX pour la fille et XY pour le garçon
Chaque chromosome possède un brin d'ADN sur lequel est inscrit le code génétique.
Sur un brin d'ADN d'un chromosome donné, on trouve une succession de très nombreux gènes.
Un gène est une partie du brin d'ADN qui détermine par des mécanismes biochimiques particuliers la synthèse par la cellule d'une protéine ou d'une enzyme.
Chaque chromosome représente donc un alignement de très nombreux gènes distincts. Ces gènes sont invisibles à l'oil : il s'agit d'une structure chimique à l'échelon moléculaire.
Les chromosomes ont la faculté de se reproduire ("replication") en même temps que les cellules. Chaque fois qu'une cellule se reproduit, le noyau et tous ses chromosomes se reproduisent également.
Parfois, au cours de cette reproduction, une erreur chimique se produit et il y a "mutation". Le gène mutant remplace le gène initial sur les chromosomes reproduits. Ce gène mutant va ensuite se reproduire avec les autres. Ce gène mutant peut être « dominant » ou « récessif » selon les cas.
Dans une cellule, il y a 23 paires de chromosomes appariés.
Chaque chromosome étant double, chaque gène est également double : chaque gène sur un chromosome a un correspondant (« allèle ») sur l'autre chromosome. Si l'un des gènes est mutant, on a pour un même site génique deux gènes : le gène habituel, prévu, normal et le gène mutant. Si le gène mutant est dominant, son action va supplanter l'activité de l'autre gène et on va aboutir par exemple à la synthèse d'une enzyme anormale. Si le gène mutant est récessif, son activité biochimique est contrecarrée avec succès par le gène correspondant normal. L'activité nocive, c'est-à-dire la synthèse d'une protéine anormale ou d'une enzyme aberrante, n'apparaît pas alors chez l'enfant. L'apparence physique, le "phénotype", n'est pas modifiée. On peut dire que l'anomalie potentielle est latente. Elle ne se dévoile pas. L'enfant est porteur du gène anormal mais n'en souffre pas.
Tout gène mutant qui se manifeste à l'état hétérozygote sur le phénotype est un gène dominant.
Tout gène mutant qui pour se manifester en pratique (« phénotypiquement ») doit se trouver à l'état homozygote (deux gènes mutants correspondants sur chacun des chromosomes de la paire) est un gène récessif.
Les gènes situés sur un chromosome non sexuel sont dits "autosomiques".
Les caractères dominants ou récessifs, dépendants d'un gène situé sur le chromosome X sont dits "liés au sexe".
Le caryotype, c'est-à-dire l'examen au microscope des cellules, du noyau et des chromosomes n'apporte aucun renseignement sur les maladies géniques contrairement aux maladies chromosomiques. En effet, les gènes ne sont pas visibles au microscope.
La molécule qui porte le message génétique est la double hélice d'ADN. Celle-ci n'est pas visible au microscope : son étude nécessite les outils de la biologie moléculaire. L'ADN est une grosse molécule d'acides nucléiques composés d'un sucre (désoxyribose), d'un groupement phosphate et d'une base azotée. Ces bases azotées sont au nombre de quatre : adénine, thymine, guanine, cytosine. Ces quatre bases forment l'alphabet du code génétique. L'appariement des paires de base ne se fait pas au hasard : l'adénine ne se lie qu'à la thymine, la guanine ne se lie qu'à la cytosine.
Les gènes sont des segments d'ADN codant pour des protéines. Dans le noyau cellulaire, l'ADN transcrit son information à une molécule d'ARN messager. L'ARN messager va dans le cytoplasme de la cellule traduire l'information dans les ribosomes et permettre la synthèse de la protéine correspondante. Une protéine est formée de plusieurs acides aminés. L'information entre l'ARN messager et les acides aminés repose sur le code génétique. Les nucléotides sont lus trois par trois. Chaque codon (trois lettres : 3 bases) code la synthèse d'un acide aminé
Les progrès récents de la génétique moléculaire sont à l'origine de l'explosion des connaissances actuelles. Parmi ces nouveaux outils des chercheurs, la FISH, le « Southern-blot » et la PCR.
L'hybridation in situ en fluorescence ou FISH permet le diagnostic de syndromes chromosomiques rares : Williams-Beuren, Langer-Gieedion, Miller-Dieker, Smith-Magenis, Di George, Prader-Willi, Angelman.
- Syndrome de Di George (vélo-cardio-facial) : cardiopathie congénitale, hypocalcémie, hypoplasie du thymus, dysmorphie faciale, fente palatine. L'anomalie se voit sur la région proximale du chromosome 15 : perte d'un locus sur un des chromosomes 15 : délétion 15 (q11)
- Syndrome de Prader-Willi : hypotonie néonatale, hypogénitalisme, obésité, hyperphagie, retard mental modéré, troubles du comportement, dysmorphie faciale modérée. Microdélétion : 15q11.Q13 paternel
- Syndrome d'Angelman : retard mental sévère, absence de langage, rires et sourires immotivés, épilepsie, ataxie, dysmorphie discrète. Microdélétion 15q11.Q13 maternel
Le « Southern-blot » fait intervenir des enzymes de restriction sur des échantillons d'ADN et aide au diagnostic des maladies géniques.
La PCR (polymerase chain reaction) permet à partir d'une seule copie d'un double brin d'ADN de reproduire à des centaines de milliers d'exemplaires, ce qui en simplifie beaucoup l'analyse. La PCR permet un diagnostic direct lorsque le gène est localisé, cloné séquencé et que la mutation peut être facilement trouvée. Le diagnostic indirect est également possible dans certains cas (on compare certains gènes de l'enfant avec ceux de la famille).
Le génome humain comprend donc 23 paires de chromosomes (22 autosomes et 1 gonosome), comportant environ 70 000 gènes soit 3 milliards de paires de bases nucléotiques.
III°) Les différents modes de transmission
Transmission autosomique récessive :
La plupart des maladies héréditaires graves : la mucoviscidose, la maladie de Werdnig-Hoffmann, la thalassémie majeure (maladie de Cooley), l'hémochromatose, la phénylcétonurie, la drépanocytose, la galactosémie etc. sont transmises selon le mode autosomique récessif.
Transmission autosomique dominante :
Plusieurs maladies sont transmises selon un mode autosomique dominant : l'achondroplasie, la neurofibromatose de Recklinghausen, la sclérose tubéreuse de Bourneville, la maladie de Minkowski-Chauffard, le syndrome de Marfan, la chorée de Huntington, le rétinoblastome, les reins polykystiques etc...
Transmission récessive liée au chromosome X :
Parmi les maladies héréditaires récessives liées au chromosome X, on peut citer le daltonisme (dyschromatopsie), l'hémophilie A, la myopathie de Duchenne, le déficit en G6PD
Transmission dominante liée au chromosome X :
Il y a statistiquement deux fois plus de femmes que d'hommes atteints. Exemple : rachitisme vitaminorésistant hypophosphatémique.
Hérédité polygénique à seuil :
Un certain nombre de maladies dépendent de facteurs familiaux mais ne sont pas pour autant dus à un gène particulier. Il s'agit d'affections polygéniques (plusieurs gènes sont en cause) dont la transmission n'obéit pas aux règles mandéliennes. Il est probable que des facteurs non génétiques interviennent également en association (facteurs environnementaux.). C'est le cas par exemple de la luxation congénitale de hanche, de la fente labio-palatine isolée ou de la sténose du pylore. C'est aussi le cas de la prédisposition à certaines maladies : diabète, athérosclérose.
Autres types de transmission héréditaire :
La découverte d'un nouveau mécanisme mutationnel par instabilité du nombre de triplets nucléotidiques a permis de comprendre la transmission héréditaire de certaines maladies jusque là mal connue : syndrome de l'X fragile, chorée de Huntington, myotonie de Steinert, ataxie de Freidreich.
L'ADN est une suite de quatre codons : A, T, G et C. Malgré ce stock lexical très pauvre, le vocabulaire qui en découle est riche : 20 à 40 000 gènes sont codés grâce à ce système. 90% de l'ADN porté par les chromosomes ne codent pas de protéines. Ils jouent un rôle dans la conformation de l'ADN.Lorsque plusieurs codons identiques se suivent, ils peuvent devenir instables. Des répétitions CAG, CGC, CTG ou GAA ont été retrouvées associées à des maladies génétiques. Par exemple, le codon CAG code pour la glutamine. Si plusieurs codons CAG se succèdent l'un à la suite des autres, il ne se passe rien d'anormal jusqu'à 20 ou 30 répétitions. En revanche, si le nombre de répétitions est supérieur, la zone devient instable et l'enzyme qui répète ces séquences identiques finit par « s'emmêler les pinceaux » et augmente encore plus la séquence. Le risque de transmission à la descendance de cette région instable avec amplification de la répétition explique l'aggravation de la symptomatologie dans la descendance.
De même, l'hérédité cytoplasmique ou mitochondriale de découverte récente concerne certains gènes portés par un petit chromosome circulaire situé hors du noyau dans les mitochondries du cytoplasme. Ils sont transmis par la mère avec le cytoplasme de l'ovule. Certaines myopathies mitochondriales se transmettent par ce biais.
Toutes ces maladies sont du domaine du conseil génétique.
En établissant l'arbre généalogique des familles et en connaissant le mode de transmission de certaines maladies, le généticien peut chiffrer le risque statistique pour un couple d'avoir un enfant présentant telle ou telle maladie.
IV°) Les aberrations chromosomiques
Dans ces maladies, il ne s'agit pas de gènes anormaux mais de la totalité d'un chromosome qui est anormale. Plusieurs dizaines de milliers de gènes sont donc concernés.
Il existe de nombreuses maladies chromosomiques. Le caryotype en permet le diagnostic.
1% des nouveau-nés présentent une anomalie chromosomique. Une conception sur deux provoque un avortement spontané précoce (fausse couche passant inaperçue). Il s'agit dans la moitié des cas d'une aberration chromosomique.
15% des retards mentaux, 10% des cas de stérilité et de nombreux cancers sont dus à des anomalies chromosomiques.
Les anomalies chromosomiques sont :
- soit des anomalies du nombre de chromosome : trisomie 21, 18, 13, XXY, XO
- soit des anomalies de la structure physique du chromosome lui-même
Comment fait-on un caryotype ?
Toute cellule en mitose peut servir à l'établissement du caryotype.
On se sert le plus souvent des cellules du sang. Quelques gouttes de sang prélevées au bout du doigt suffisent. Ce sang est mis en culture après addition de phytohémagglutinine et de sérum d'un donneur de groupe AB. Un prélèvement de peau, de moelle ou de gonade peut aussi être utilisé.
Les chromosomes sont ensuite appariés après coloration et photographiés au microscope. Des techniques de dénaturation par la chaleur, le marquage fluorescent permettent d'établir des caryotypes précis.
Le caryotype est demandé dans différentes situations :
- avant la naissance (caryotype fotal par ponction amniotique) : mère âgée de plus de 38 ans, signes d'appels à l'échographie, signes d'appels biologiques (tri test), antécédent d'un premier enfant avec anomalie chromosomique, diagnostic du sexe de l'enfant dans certains cas ou lorsqu'un des deux parents est porteur d'une anomalie chromosomique
- à la naissance : syndrome polymalformatif, ambiguïté sexuelle, dysmorphie, hypotonie, malformations, retard de croissance.
- durant l'enfance : dysmorphie, retard psychomoteur, difficultés scolaires importantes, troubles de la croissance, retard pubertaire, troubles du comportement, retard mental etc.
- recherche d'anomalies chromosomiques acquises dans un certain nombre d'affections héréditaires (ataxie-télangiectasie, syndrome de Bloom, anémie de Fanconi..)
- caryotypes des cellules tumorales : leucémies, lymphomes, sarcomes
Le caryotype est inutile dans les maladies géniques, la consanguinité sans signe évocateur de maladie, la recherche de paternité.
Certains cancers de l'enfant (leucémies, lymphomes, sarcomes) s'accompagnent de modifications de certains chromosomes au sein des cellules cancéreuses. Le caryotype (sur prélèvement de moelle osseuse) donne des informations diagnostique, pronostique et thérapeutique.
Anomalies des télomères
Depuis quelques années, l'étude des télomères s'est développée dans le cadre de la recherche de la cause d'un retard mental chez l'enfant. Une anomalie des télomères serait en effet présente dans 3 à 5% des retards mentaux dont l'origine reste inexpliquée par d'autres recherches. Cette technique récente pose encore des problèmes d'interprétation. Elle est surtout proposée lorsque le retard mental s'associe à un retard de croissance intra-utérin, à des antécédents familiaux de retard mental, à des dysmorphies faciales ou autres anomalies congénitales (mains, cour, hypospadias, cryptorchidie)
V°) Le conseil génétique et le diagnostic prénatal
L'étude de l'arbre généalogique est le premier temps.
Le diagnostic prénatal a pour but de savoir si l'embryon est atteint ou non d'une affection héréditaire lorsqu'il existe des antécédents familiaux ou des anomalies constatées durant la grossesse.
L'échographie, notamment en 3 dimensions, l'IRM fotale sont des examens en plein développement dans cette indication.
Différents types de prélèvements sont possibles avec néanmoins un faible risque de provoquer une fausse couche : amniocentèse, choriocentèse, cordocentèse.
L'étude des marqueurs sériques maternels est utilisée pour le dépistage de la trisomie 21.
Le diagnostic pré-implantatoire nécessite une PMA (procréation médicalement assistée) et une sélection des embryons. L'étude cellulaire est réalisée par PCR pour les maladies géniques et la FISH pour les anomalies chromosomiques.
Le diagnostic prénatal conduit en général à l'interruption médicale de grossesse. Dans de très rares cas, un traitement in utero est proposé.
Les êtres humains possèdent environ 30 000 gènes dont près de 22000 sont détaillés et annotés sur une carte disponible sur Internet.
On connaît aujourd'hui 1300 gènes impliqués dans plus de 5000 maladies.
Chromosome 1 : maladie de Charcot, cancer de la prostate, Alzheimer
Chromosome 2 : myopathie de Desmin, cancer du colon, syndrome de Waardenburg
Chromosome 3 : apnée post-anesthésique, cancers du poumon et du colon
Chromosome 4 : chorée de Huntington, Parkinson
Chromosome 5 : maladie de Tay-Sachs, syndrome de Cockayne, asthme
Chromosome 6 : narcolepsie, épilepsie, diabète, amyotrophie cérébrospinale
Chromosome 7 : syndrome de Williams, fibrose cystique, obésité
Chromosome 8 : syndrome de Werner, lymphome de Burkitt
Chromosome 9 : galactosémie, ataxie de Freidreich, mélanome
Chromosome 10 : myoglobinurie, maladie de Refsum
Chromosome 11 : porphyrie aigue, diabète, anémie falciforme
Chromosome 12 : phénylcétonurie, syndrome de Zellweger
Chromosome 13 : maladie de Wilson, cancer du sein, rétinoblastome, surdité
Chromosome 14 : Alzheimer
Chromosome 15 : syndrome de Prader-Willi, syndrome d'Angleman, maladie de Tay Sachs
Chromosome 16 : tyrosinémies, fièvre méditerranéenne familiale
Chromosome 17 : galactosémie, cancer du sein
Chromosome 18 : tics de Gilles de la Tourette, cancer du pancréas
Chromosome 19 : dystrophie musculaire, athérosclérose
Chromosome 20 : immunodéficience combinée sévère
Chromosome 21 : Alzheimer précoce, sclérose amyotrophique
Chromosome 22 : autisme, neurofibromatose
Chromosome X : X fragile, myopathie de Duchenne, dystrophie de Becker, syndrome de Rett, hémophilie
Tableau : principales maladies chromosomiques selon le chromosome en cause
Le diagnostic génotypique (par analyse de l'ADN) prénatal a pour objet la prévention des maladies héréditaires responsables d'un handicap grave, non ou difficilement détectables par les moyens conventionnels. Il est pratiqué lorsqu'il existe un risque que l'enfant à concevoir ou le foetus en développement soit atteint. Cette notion de risque découle de la naissance préalable d'un enfant atteint dans la famille.
Plus de 30 maladies génétiques peuvent actuellement être diagnostiquées par analyse génotypique dont 9 principales :
- drépanocytose et thalassémies : les plus fréquentes des maladies génétiques
- mucoviscidose : fréquence 1/2000
- myopathie de Duchenne : 1/3500 garçons
- hémophilie A : 1/5000 garçons
- syndrome de l'X fragile : 1/1000 garçons et 1/2000 filles
- phénylcétonurie : 1/10 000
- chorée de Huntington : 1/10 000
- polykystose rénale dominante : 1/1000
Trouver le gène d'une maladie héréditaire ne signifie pas pour autant qu'on va pouvoir la soigner mais c'est le début de l'espoir.
VI. Les promesses de la thérapie génique
Au début des années 1990, le génie génétique a apporté un nouvel espoir en matière de lutte contre les maladies héréditaires : la "thérapie génique".
Plusieurs maladies seront intéressées dans un proche avenir par la thérapie génique :
- la mucoviscidose
- l'adrénoleucodystrophie (plus fréquente des maladies héréditaires affectant la substance blanche cérébrale)
- les maladies héréditaires du métabolisme
La thérapie génique pourra être utilisée en médecine préventive par exemple dans le cas de l'hypercholestérolémie familiale due à une mutation du gène codant pour le récepteur des LDL, ou dans le diabète.
Il est possible que dans les années à venir, les sondes d'ADN seront d'utilisation courante pour établir chez les nouveau-nés juste après la naissance le bilan des prédispositions génétiques à un certain nombre de maladies fréquentes. Les thérapies géniques destinées à corriger les éventuels gènes de prédisposition seront alors proposées avec tous les problèmes éthiques que cela sous-entend.
VII. Problèmes éthiques
"Il faut formellement interdire toute tentative de modification délibérée du génome des cellules germinales". Comité National d'Ethique ; 13 décembre 1990)
"Un enfant nouveau-né ne devrait pas être reconnu humain avant d'avoir passé un certain nombre de tests portant sur sa dotation génétique. S'il ne réussit pas ces tests, il perdrait son droit à la vie". James Watson (prix Nobel 1962)
Il faut faire une distinction fondamentale entre la médecine génétique et l'eugénisme. La première vise à restaurer des fonctions normales. L'eugénisme est en revanche un programme d'"amélioration" génétique des populations humaines autrement dit de transformation du patrimoine génétique humain dans un sens supposé "meilleur".
Le terme "eugenics" a été créé en 1883 par le cousin de Charles Darwin, Sir Francis Galton (1822-1911). C'est étymologiquement la science des "bien nés, des nobles, des bons gènes". Bien que le nom soit récent, l'idée est ancienne puisqu'à Sparte, on éliminait les faibles et les malformés et qu'à Athènes, la république idéale de Platon éliminait les plus faibles. Au début du XX° siècle le courant eugénique, parti d'Angleterre, gagna les Etats-Unis. La première loi eugénique de stérilisation intervint en 1907 en Indiana. En 1950, 33 états des Etats-Unis avaient édicté des lois de stérilisation contre les auteurs de crimes sexuels et diverses maladies. La Suède n'a aboli les lois eugéniques qu'en 1972.
En 1920 et 1922, Karl Binding et Alfred Hoche publient un opuscule édifiant : "La libéralisation de la destruction d'une vie qui ne vaut pas d'être vécue" visant à donner une justification juridique et médicale à l'euthanasie des handicapés. C'était en germe, l'idéologie national-socialiste.
Des scientifiques français de renom ont suivi.
Charles Richet, prix Nobel 1913, écrit en 1919 un ouvrage sur la sélection humaine où il propose d'éliminer des anomalies mineures et opérables comme la polydactylie ou la fente labiale. Alexis Carrel, prix Nobel 1912, prônait un eugénisme volontaire en demandant aux handicapés de s'abstenir d'avoir des enfants. Jean Rostand écrivait en 1939 qu'il "était opposé à la vaccination par le BCG car loin d'accroître la résistance innée de la race, elle ne pouvait que l'affaiblir dans la mesure où permettant la survie des individus génétiquement vulnérables, elle contrariait les effets de la sélection naturelle".
Demain, la seule limite au développement de la génétique et de la biologie humaine ne sera pas d'ordre technique mais plutôt une réflexion éthique insuffisante.
Pour Axel Kahn, directeur de l'unité de génétique et de pathologie moléculaire de l'hôpital Cochin (Paris) la modification de l'individu par transfert des gènes est un danger. Jean Dausset (prix Nobel de médecine 1980), fondateur de la plus grande banque mondiale d'ADN (le CEPH), milite pour interdire la modification du patrimoine génétique humain.
Aux Etats-Unis et en Angleterre, il existe chez les généticiens tout un courant favorable à l'idée d'une "amélioration" génétique de l'espèce humaine au moyen de la thérapie génique germinale. Il s'agit d'introduire un gène nouveau, conférant des capacités biologiques nouvelles, et de l'introduire non pas dans les cellules somatiques d'un enfant, mais au niveau de l'oeuf fécondé ou de l'embryon. Dans ces conditions, ce gène peut s'intégrer non seulement aux cellules somatiques mais encore, à ce stade, aux cellules germinales et dès lors la modification génétique sera transmissible à la descendance, initiant une lignée humaine modifiée.
De proche en proche, l'espèce humaine pourrait être entièrement modifiée. Au nom de quels critères, de quelles valeurs ?
La cartographie du génome humain est une avancée formidable mais en même temps que nous obtenons des pouvoirs nouveaux, nous nous trouvons devant des questions et des devoirs inédits. Ces connaissances vont déboucher sur la médecine préventive, c'est-à-dire la capacité à juger du droit de vivre pour un embryon en fonction de critères peut-être discutables. Il y a un risque de dérapage dans le choix d'une humanité préétablie sans handicap. Les progrès en génétique vont beaucoup plus vite que la réflexion éthique.
Pour en savoir plus
Bachelard-Jobard C.: L'eugénisme, la science et le droit. PUF, Paris, 2001
Battin J.: Ancien et nouvel eugénisme, les leçons de l'Histoire. Abstract Pédiatrie n°183, décembre 2004
Brown A.: Génomes. Flammarion, Paris, 2004
Carol A.: Histoire de l'eugénisme en France. Le Seuil, Paris, 1995
Drouard A.: L'eugénisme en questions. Ellipses, Paris, 1999
Feingold J.: Principes de génétique humaine. Hermann, Paris, 1998
Gibson G.: Précis de génomique. De Boeck éd., 2004
Gros F.: L'ingénierie du vivant. Odile Jacob, Paris, 1990
Guillebaud J.Cl.: Le principe d'humanité. Le Seuil, Paris, 2001
Habermas J.: L'avenir de la nature humaine. Vers un eugénisme libéral ? Gallimard, Paris, 2002
Kevies D.J.: Au nom de l'eugénisme. PUF, Paris, 1995
Labrune P. : Deux observations de génétique. Médecine et enfance, 24, 4,2, 1, 219, avril 2004
Lambert G.: La légende des gènes. Dunod éd., Paris, 2003
Lyonnet S., Munnich A. : Génétique pédiatrique. Doin, 1998
Munnich A. : La rage d'espérer - la génétique au quotidien. Plon, 1999
Passarge E.: Atlas de poche de génétique. Flammarion éd., Paris, 2003
Pasternak J.J.: Génétique moléculaire humaine. De Boeck éd., 2003
Pichot P.: Histoire de la notion de gène. Champs Flammarion, Paris, 1999
Primrose S.: Principes de génie génétique. De Boeck éd., 2004
Strachan T.: Génétique moléculaire humaine. Flammarion, Paris, 1998
Watson J.: Gênes, génome et société. Odile Jacob, Paris, 2003
Sélection de sites Internet :
- Construire une éthique de l'Enseignement scientifique, Enseignement des Mathématiques et des Sciences, Technologies, Ethiques et Sociétés, Comment introduire de l'épistémologie dans l'enseignement des sciences le cas de la génétique classique
- Site d'information et d'analyse sur l'actualité bioéthique
- La génétique et l'éthique
- Orphanet
- Nord, National Organization for rare disorders (Etats-unis) en anglais
- Base de données sur 20 000 gènes
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