Les symbiotiques et l'enfant (prébiotiques et probiotiques)
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Les symbiotiques sont-ils bons pour la santé ?
Sommaire |
Quelques mots d'histoire sur les ferments lactiques
La fermentation lactique a été découverte il y a plus de 1 million d'années.
Les avantages des laits fermentés en matière de santé sont connus depuis l'Ancien Testament (Genèse 18-8) où il est écrit que la longévité d'Abraham était secondaire à la consommation de lait acide. Pline l'Ancien recommandait en 76 avant J.-C. de boire des produits lactés fermentés pour soigner les gastro-entérites. François 1er aurait guéri d'une diarrhée infectieuse sévère grâce à des yaourts de lait de brebis.
La fermentation du lait par divers types de ferments est une technique de conservation traditionnelle dans les pays nordiques (skyr, lattemjölk, tattenjölk, filia, ymer), méditerranéens (naja, mladost, zimme, Leben) et dans l'Europe de l'Est (biokys, tarho, kéfir, koumis.). Le lait Ribot, consommé en Bretagne est un autre type de lait fermenté.
C'est le chercheur russe Elie Metchnikoff, collaborateur de Louis Pasteur et prix Nobel 1908, qui a initié l'approche scientifique autour des laits fermentés et des yaourts en montrant que la yaourt traditionnel provenait de la fermentation du lait sous l'action de deux ferments ou bactéries lactiques : une souche de Lactobacillus (Lactobacillus bulgaricus ou acidophilus) et Streptococcus thermophilus. La première acidifie le milieu en transformant le lactose en acide lactique et la seconde fabrique plus spécifiquement les substances aromatiques.
Les premiers laits acidifiés pour nourrissons sont apparus en 1934 (Turck, 2003).
Au cours des vingt dernières années, les travaux sur les bactéries lactiques et en particulier les bifidobactéries se sont multipliés.
En 1970, est apparue la notion de "probiotiques" ou encore d'agents biothérapiques, puis plus tardivement celles de "prébiotiques" et enfin celle de "symbiotiques" qui désigne l'association de ces deux approches dans un même "médicament "(Elmer, 1996 -, MacFarlanne et Cummings, 1999 - Gibson et Roberfroid, 1995 -, Roberfroid, 2000).
Quelques mots de physiologie : la flore intestinale
L'intestin, et surtout le colon contiennent 10 fois plus de bactéries que nous avons de cellules constitutionnelles. Cet écosystème comprend plus de 400 espèces différentes. Ce sont les bactéries anaérobies strictes qui sont les plus nombreuses.
L'intestin du foetus in utero est stérile. Dans les heures qui suivent la naissance, l'intestin est colonisé par des bactéries résidentes. La flore fécale du nouveau-né varie selon le mode d'alimentation. Les selles des bébés nourris au lait maternel sont riches en bifidobactéries contrairement aux selles des enfants nourris au lait artificiel qui contiennent surtout du Clostridium et des bactéroïdes. On suppose que cette différence est bénéfique pour la santé (Vanderhoof, 1998 - Cézard, 1998).
La flore intestinale représente 91% des cellules de notre organisme et joue un rôle important pour la santé en complétant la digestion par le processus de fermentation (Berg, 1998). Parmi les nombreux rôles de la flore intestinale, citons le rôle nutritionnel (avec notamment la production d'acides gras et de vitamines), le rôle de protection contre les micro-organismes pathogènes, le rôle d'acquisition de la tolérance immunitaire, le rôle dans le développement des fonctions de l'immunité digestive, le rôle dans le développement et les fonctions de l'épithélium digestif.
La composition de la flore intestinale dépend de nombreux facteurs : âge, habitudes alimentaires, statut immunologique, pH intestinal, temps de transit etc. La croissance et le métabolisme de ces micro-organismes dépend essentiellement des substrats d'origine alimentaire (Gibson, 1995 - Christi, 1992).
Il existe deux façons pour les industriels de l'agro-alimentaire ou de la pharmacie d'augmenter la quantité de lactobacilles et de bifidobactéries dans l'intestin:
- soit ils ajoutent ces bactéries vivantes bénéfiques dans l'alimentation (c'est l'effet « probiotique »)
- soit ils favorisent leur croissance en créant un milieu intestinal favorable (c'est l'effet « prébiotique »)
Le terme "probiotique"
Pour le Codex alimentarius, (FAO - Food and Agriculture Organisation des Nations Unies - OMS - Organisation mondiale de la Santé, 2001) les probiotiques sont des micro-organismes vivants qui, lorsqu'ils sont ingérés en quantité suffisante, exercent un effet positif sur la santé de l'hôte. Il s'agit aussi bien de bactéries (certains lactobacilles et bifidobactéries comme certains Escherichia coli, certains entérocoques.) que de levures (Saccharomyces boulardii) contenus dans des aliments -dits fonctionnels - ou sous forme médicamenteuse.
Un bon probiotique doit être non toxique, ne pas être dégradé par la digestion (résister aux sels biliaires, à l'acidité gastrique et pancréatique.), survivre mais ne pas persister (il ne s'implante pas), ne pas être sensible aux antibiotiques, avoir de bonnes propriétés gustatives et -enfin et surtout- avoir un bénéfice clinique.
Fait majeur : les propriétés d'un probiotique sont portées par une souche donnée, non pas par l'espèce ou encore moins par le genre.
Une souche bactérienne correspond à l'ensemble des micro-organismes issus d'une seule cellule isolée. A chaque souche est attribuée un code choisi par le laboratoire.
Une espèce bactérienne est définie par un ensemble de souches considérées comme semblables.
Un genre bactérien correspond à une entité bien définissable, clairement séparée des autres genres.
Par convention, le nom d'espèce est écrit en minuscules et est toujours associé au nom de genre correspondant portant une majuscule. Les noms latins sont écrits en italique et le nom de genre peut être abrégé par la majuscule initiale.
Ainsi dans Bifidobacterium lactis Bb-12, Bifidobacterium est le nom du genre, lactis le nom de l'espèce et Bb-12 l'identifiant de la souche.
Dans Lactobacillus acidophilus LA-5, Lactobacillus est le nom du genre, acidophilus le nom d'espèce et LA-5 l'identifiant de la souche.
De nombreuses études chez l'animal et chez l'homme ont été réalisées. Certaines mettent en évidence que des probiotiques inhibent les toxines bactériennes et freinent l'adhésion de germes pathogènes sur la muqueuse intestinale. D'autres montrent une stimulation de l'immunité anti-infectieuse locale (intestinale) et systémique, une augmentation de l'expression des gènes de mucines par l'épithélium intestinal, une inhibition de l'activité d'enzymes procarcinogènes dans la lumière digestive, un effet anti-inflammatoire local et systémique et une induction de la tolérance à des antigènes administrés par voie orale. Des chercheurs ont même fait produire à des probiotiques génétiquement modifiés une cytokine anti-inflammatoire.
Pathologie digestive
Les probiotiques ont été étudiés dans différentes pathologies digestives et certains ont fait la preuve de leur efficacité dans le déficit en lactase intestinale, le traitement curatif et préventif de la diarrhée infectieuse du nourrisson et de l'enfant, la prévention de la diarrhée sous antibiotiques et de la diarrhée du voyageur (Black, 1989), le syndrome de l'intestin irritable (Kruis, 2004 - O'Mahony, 2005)
En nutrition entérale, les probiotiques jouent un rôle non négligeable dans la prévention de la rechute des maladies inflammatoires cryptogénétiques de l'intestin (rectocolite hémorragique, maladie de Crohn) et des pochites après anastomose iléo-anale, l'amélioration de la tolérance du traitement éradicateur d'Helicobacter pylori.
Des travaux sont en cours dans la constipation de progression.
Plusieurs arguments suggèrent un effet anti-tumoral des bactéries lactiques dans la prévention du cancer colique expérimental (Reddy, 1997, 1999 - Rowland, 1997).
Deux études présentées à la 4ème convention internationale Danone (9 mars 2006) ont montré l'intérêt de différentes souches de probiotiques sur les intestins de bébés prématurés de très petits poids de naissance (<1500 g) pour diminuer la fréqence des entérocolites ulcéro-nécrosantes
Pathologie extra-digestive
Les effets extra-digestifs observés chez l'animal et chez l'homme ont conduit à essayer des probiotiques dans des pathologies non intestinales. Ces études ont montré une réduction de la durée d'épisodes infectieux chez la personne âgée, la diminution du portage nasal de bactéries pathogènes, une diminution des rechutes de tumeurs superficielles de la vessie, un certain degré de prévention de l'atopie chez des nourrissons nés de mère à terrain atopique.
L'effet bénéfique peut être permanent si le probiotique s'implante dans l'écosystème bactérien digestif de l'hôte ou temporaire ne durant que le temps de son administration s'il ne s'implante pas. L'adhérence et la colonisation des bactéries aux parois intestinales sont donc un facteur important d'efficacité (Kirjavainen, 1998 - Langhendries, 1995)
Les probiotiques peuvent être administrés avec l'alimentation (produits fermentés : yaourts, kéfir.), certaines préparations diététiques pour nourrissons (laits infantiles acidifiés ou fermentés) ou administrés seuls à visée thérapeutique (compléments alimentaires).
Leur tolérance est certifiée par de multiples travaux (Abi-Hanna, 1998 - Haschke, 1998)
Le terme "prébiotique"
Il définit des ingrédients, préparations ou suppléments alimentaires, dépourvus de bactéries vivantes mais qui agissent favorablement vis-à-vis de l'hôte en stimulant électivement la croissance ou l'activité biologique de certaines bactéries présentes dans le colon (lactobacilles, bifidobactéries). Les prébiotiques doivent résister aux étapes de la digestion et de l'absorption intestinale avant d'atteindre le colon (Berg, 1998 - MacGFarlanne et Cummings, 1999 - Gibson et Roberfroid, 1995 - Roberfroid, 2000).
Certains prébiotiques agissent en atténuant la virulence de souches pathogènes comme Listeria monocytogenes (Park et Kroll, 1993)
Les oligosaccharides du lait maternel sont des prébiotiques naturels qui jouent un rôle primordial dans la constitution de la flore microbienne de l'intestin du nouveau-né et du nourrisson. Les principaux prébiotiques qui accroissent le nombre de bifidobactéries présentes dans le colon sont les galacto-oligosaccharides, les fructo-oligosaccharides (FOS), le lactulose, l'inuline, le lactilol.
Le lait de femme contient plus de 130 oligosaccharides différents. Il est évidemment impossible d'en synthétiser autant et les industriels se contentent d'un mélange oligofructose et oligogalactose. L'oligofructose (qui n'existe pas dans le lait de femme) est produit à partir de la chicorée. On le trouve aussi à l'état naturel dans certains aliments (oignon, artichaut, asperge, banane, ail, poireau.). L'oligogalactose se trouve lui à l'état de trace dans le lait de femme et est préparé à partir du lactose. Le raffinose et le stachyose se trouvent dans les pois et les haricots
Deux effets biologiques principaux sont actuellement conférés aux prébiotiques : une amélioration de l'absorption de certains minéraux (calcium, magnésium, fer, zinc, cuivre.) (Coudray, 1997) et une diminution de la concentration du LDL-cholestérol (Fiordaliso, 1995 - Takase, 1994 - Davidson, 1998). L'impact de ces modifications en clinique humaine sur la diminution du risque cardiovasculaire reste cependant à confirmer.
Le terme symbiotique
Une troisième façon d'essayer d'agir sur la composition et l'activité métabolique de la flore colique est d'associer pré et probiotiques dans un concept dit "symbiotique" (Gibson et Roberfroid, 1995). L'agent microbien bénéfique (le probiotique) est ingéré en même temps que son substrat spécifique (le prébiotique) avec pour objectif d'améliorer la survie du probiotique et d'accroître ainsi ses propriétés biologiques.
Différentes associations sont ainsi proposées :
- bifidobactéries et fructo-oligosaccharides
- lactobacilles et lactilol
- bifidobactéries et galacto-oligosaccharides
Les principaux travaux sur lesquels se basent les fabricants pour étayer les effets positifs des probiotiques (immunité, prévention des diarrhées et de l'eczéma etc.) sont ceux de Fukushima (1998), Saavedra (1994), Chouraqui (1998), Isolauri (2000).
D'autres études comme celles de Maastretta (2002) ne retrouvent pas ces effets positifs.
Probiotiques et traitement de la diarrhée aigue de l'enfant
Plusieurs études randomisées versus placebo ont montré l'efficacité de certains probiotiques (Lactobacillus GG, Lactobacillus acidophilis, Lactobacillus caséi, Lactobacillus reuteri, Saccharomyces boulardii.) sur la durée de la diarrhée et la diminution du nombre de selles à partir du 3ème jour (Chouraqui, 1998, 2004 - Thibault, 2004). Une méta-analyse récente (Szajewska, 2001) confirme ces résultats.
Probiotiques et prévention des diarrhées aigues de l'enfant
Plusieurs études ont été réalisées soit dans des pays émergents soit dans des collectivités (hôpitaux, crèches, internat etc.). La majorité des travaux en double aveugle versus placebo ont montré une efficacité significative de certains probiotiques (Lactobacillus GG, Lactobacillus acidophilis, Bifidobacterium bifidum, Enterococcus faeclum SF68, Bifidobacterium lactis Bb12, Bifidobacterium longum, Bifidobacterium brevis, Lactobacillus plantarum 299v, Streptococcus thermophilus, Saccharomyces boulardii.) sur la survenue des gastro-entérites aigues ou leur sévérité.
D'autres études semblent indiquer que certains probiotiques peuvent avoir un effet préventif sur la diarrhée des voyageurs et la diarrhée liée aux antibiotiques (Black, 1989 - Vanderhoof , 1998 - Cézard, 1998).
Probiotiques et allergies alimentaires
Les modifications immunitaires induites par les probiotiques et observées dans de nombreuses études expérimentales ont conduit les chercheurs à tester ce type de traitement dans l'allergie alimentaire.
Plusieurs travaux semblent confirmer l'efficacité de deux probiotiques (Lactobacillus GG, Bifidobacterium lactis Bb12) dans le traitement et la prévention de l'allergie alimentaire (Majamaa, 1997- Kalliomakl, 2001).
L'effet sur la dermatite atopique fait l'objet de nombreux travaux (Kankaanpaa, 1998).
Pour en savoir plus
Bibliographie
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