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La référence pédiatrique en ligne

site complémentaire du livre Votre Enfant, des Drs Rossant, éditions Robert Laffont

Mon enfant est en colère - il mord, il est violent

 

Un article de VotreEnfant.

exemples de pleurs de colère :


que faire avec un enfant "mordeur" en crèche

C'est un bébé mordeur !

Pour se défendre ou se défouler, votre enfant a une fâcheuse tendance à montrer les crocs. Même si les morsures sont fréquentes à son âge, il est important de ne pas le laisser faire.

Une chamaillerie, des cris puis des pleurs... Et voilà un petit copain de jeu qui retourne vers ses parents les yeux pleins de larmes, après avoir été mordu. Quant au croqueur, c'est... votre enfant ! Fâchée et gênée, vous ne savez pas trop comment réagir.

Il craque donc il croque

Lorsque des enfants jouent ensemble, il peut arriver qu'une bagarre pour un jouet se solde par une morsure. Celle-ci intervient généralement après le déploiement gradué de toute une panoplie de défense : gestes d'intimidation, jets d'objets, tirage de cheveux... La morsure est utilisée comme un dernier recours. Isolé, l'incident est gênant pour vous et douloureux pour la petite victime, mais surtout n'en faites pas un drame, car il n'a vraiment rien d'inquiétant. En revanche, commencez franchement à vous poser des questions lorsque votre enfant a vraiment la dent dure et qu'il croque à la moindre contrariété et pas simplement son copain, mais vos proches ou vous-même.

Pourquoi mord-il ?

. Si votre enfant mord tous azimuts, c'est qu'il n'arrive pas à s'exprimer et à se faire comprendre, cela l'angoisse, il devient agressif... Cette attitude s'accompagne parfois d'autres difficultés en matière de motricité, de propreté, d'accès au langage.

. Il peut arriver aussi que la séparation avec vous au moment du sevrage ait mal été négociée. Il est possible également que des ruptures aient eu lieu dans son entourage et qu'elles l'aient perturbé. Parlez-en avec votre pédiatre, il vous aidera à y voir clair... Quoi qu'il en soit, la morsure est un phénomène transitoire qui a tendance à disparaître, notamment dès que l'enfant a acquis une meilleure maîtrise du langage.

Comment réagir ?

Ne le traitez pas de méchant. Tout le monde plaint le mordu et regarde d'un sale oil le mordeur. Pourtant, ce dernier est également à plaindre : il sent bien qu'il a commis un acte répréhensible, mais

il n'en comprend pas exactement les tenants et les aboutissants. Le traiter de méchant ne ferait que l'enfermer dans son acte.

Ne le punissez pas, cela n'empêcherait pas la récidive, bien au contraire. Mieux vaut profiter de l'occasion pour livrer à votre enfant les clés de la vie en collectivité à un moment où il va entamer sa phase de socialisation. Pourquoi ne pas lui dire, par exemple : « Tu peux jouer avec d'autres à condition de ne pas mordre. Quand on grandit, on ne mord plus. Et si tu n'es pas content ou si tu as besoin de quelque chose, demande-le ! »

Rappelez-lui qu'il ne doit pas faire de mal aux autres. Pour marquer le coup (c'est le cas de le dire !), encouragez-le à accomplir un geste envers l'autre enfant : lui faire un bisou, ou donner une caresse sur la morsure. Initiez-le à l'art du compromis en lui disant, par exemple, « Si tu prêtes ta petite voiture à ton copain Thomas, lui te prêtera peut-être son seau... » L'essentiel est que votre enfant comprenne que, pour accéder à ce qu'il veut, il ne doit pas passer sur le dos des autres et ignorer leurs désirs.

De la morsure... au baiser

Ne croyez pas que votre enfant soit trop jeune pour comprendre cela. Il a saisi très tôt qu'il devait maîtriser sa mâchoire ! Un exemple ? Le nourrisson qui mordille un peu fort le sein de sa mère se rend bien compte que ça lui fait mal ! Votre enfant découvrira aussi très vite que la bouche ne sert pas seulement à manger ou à « dévorer » l'autre. La plus belle métamorphose de la morsure est sans doute le baiser, qui n'est plus un geste de possession, mais de don et d'amour.

Enfant Magazine. Gilles Donada avec Philippe Scialom, psychologue, psychanalyste.

Vidéos :


Un rapport publié par l'INSERM en septembre 2005 ("Troubles mentaux, dépistage et prévention chez l'enfant et l'adolescent") préconise le dépistage à 3 ans d'un certain nombre de signes considérés comme pouvant être prédictifs d'une future délinquance : colères, actes de désobéissance, indocilité, impulsivité, indice de moralité bas etc.

Avec une telle approche, les premières bêtises d'enfant risquent d'être interprétées comme l'expression d'une personnalité pathologique. Un projet de loi est à l'étude. De nombreux pédiatres et pédo-psychiatres se sont émus de ce rapport et les chercheurs de l'INSERM ont apporté une mise au point : "Le trouble de conduite ne renvoie pas à la simple turbulence de l'enfant mais à des comportements répétés et durables d'opposition, d'agressivité et de transgression des règles pouvant aboutir à des actes de violence grave".

Pour le pédo-psychiatre Bernard Golse :

"on essaie d'établir un lien direct entre les troubles du comportement chez les tout-petits et la délinquance chez les plus grands. Or ce sont deux concepts très différents. Le trouble du comportement est une notion médicale, la délinquance une notion juridique et sociologique. Personne ne peut dire qu'un enfant de 3 ans qui présente des troubles de conduite sera un délinquant plus tard. On ne peut pas porter sur un enfant un regard suspicieux pendant quinze ans".

les

« La médecine doit considérer l'enfant comme un enfant en souffrance et en danger qu'il faut accompagner et non pas comme un enfant éventuellement dangereux dont il faudrait protéger la société ». Cette phrase pourrait résumer l'esprit dans lequel le Comité Consultatif Nationale d'Ethique (CCNE) a rendu son avis au sujet de du dépistage précoce des troubles du comportement à des fins prédictives. En bref, à l'extrême opposé des conclusions de la fameuse expertise collective de l'Inserm qui avait suscité la polémique en France l'année dernière.

Saisi par le collectif de professionnels de la petite enfance à l'origine de la pétition « Pas de zéro de conduite pour les enfants de 3 ans », le CCNE a considéré que les crises de colère chez un jeune enfant ne pouvaient faire de lui un futur délinquant.

« Il convient de souligner l'ambiguïté de la définition du « trouble des conduites » car elle tend à occulter les frontières entre pathologie et délinquance, entre démarche médicale et démarche judiciaire » expliquent les auteurs du CCNE au sujet du rapport de l'Inserm. Cette expertise « a tendance à confondre facteur de risque et causalité et repose sur un postulat qui privilégie l'inné (facteurs génétiques, prédispositions cérébrales.) aux dépens de l'acquis (facteurs environnementaux, économiques, sociaux, culturels, éducatifs, familiaux.) ». Ainsi, il serait nécessaire « de marquer nettement la différence entre prévention et prédiction ». Une « interprétation hâtive de ces troubles » pourrait, « poser des problèmes éthiques graves » explique le CCNE. Et ce dernier d'asséner le coup de grâce : « Certains pensent aujourd'hui pouvoir tout lire de l'identité et de l'avenir d'un enfant par l'étude de son comportement, de la séquence de ses gènes, ou par l'analyse en imagerie de ses activités cérébrales. L'histoire des sciences nous révèle la vanité de tenter de réduire à tel ou tel critère la détermination de l'avenir d'une personne. ». Un message on ne peut plus clair.

Véronique Molénat, 8 février 2007

CCNE : "Problèmes éthiques posés par des démarches de prédiction fondées sur la détection de troubles précoces du comportement chez l'enfant". Disponible à


Pour en savoir plus

Livres et articles récents :

Caprices et colères, comment réagir ? Enfant-Magazine n°365, janvier 2007

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