Place de l'homéopathie en pédiatrie
Un article de VotreEnfant.
"Primum non nocere" (Hippocrate)
Quelques mots d'histoire
C'est 4 siècles avant Jésus-Christ qu'Hippocrate (460-377 av.J.-C.) avait entrevu la similitude qui existait entre l'action toxique d'une substance et son action thérapeutique. Il distinguait deux manières de soigner : par les contraires et par les semblables. Beaucoup plus tard, Paracelse (1493-1541) employait de petites doses d'Ellébore blanc dans le choléra sachant très bien qu'à dose toxique la plante provoquait une diarrhée cholériforme. La teinture de Cantharide qui entraîne une cystite à fortes doses était utilisée à petites doses pour la traiter.
Ce n'est toutefois que dans les années 1790 qu'un médecin allemand de 35 ans du nom de Hahnemann (1755-1843) s'est penché sur la question en expérimentant sur lui-même et sur son entourage, la plupart des produits médicamenteux utilisés en son temps : le quinquina, l'aconit, la belladone, l'ipéca, l'arsenic, les sels de mercure etc...afin d'étudier les symptômes qu'ils provoquaient chez l'individu sain.
Il s'est ensuite servi de ses constatations pour utiliser ces substances comme médicaments chez des patients qui présentaient des symptômes semblables à ceux qu'elles provoquaient expérimentalement.
Il découvrait ainsi le principe général de l'homéopathie ou Loi de Similitude : "Similia similibus curentur" : "les semblables guérissent les semblables".
Hahnemann a recherché à partir de quelle dose une substance toxique devient un remède et a déterminé par dilutions successives la "plus petite dose agissante". Il s'est aperçu que des doses "infinitésimales" étaient suffisantes et même plus actives que les doses pondérables.
" Ce qui, à dose pondérable, provoque des symptômes, les guérit à dose infinitésimale".
Dans son ouvrage publié en 1810, l'"Organon de l'Art de guérir", il a élaboré la charte de l'Homéopathie. Né en Saxe et mort à Paris, le fondateur de l'homéopathie est enterré au cimetière du Père-Lachaise.
D'autres médecins ont ensuite continué dans la voie tracée par Hahnemann, notamment James Tyler Kent (1849-1916) qui publia un répertoire des symptômes, Sébastien des Guidi (1769-1863), Constantin Hering (1800-1880) , Antoine Nebel, Léon Vannier, Charles Rousson...etc.
Quelle est la nature des produits ?
Les remèdes homéopathiques sont constitués par des éléments des trois règnes, minéral, végétal et animal.
Près de 1800 plantes fraîches ramassées dans leur habitat naturel sont utilisées. La plupart des minéraux et un grand nombre de leurs combinaisons chimiques sont à la base d'autres médicaments.
Les remèdes homéopathiques ont une dénomination latine qui heurte certains parents mais qui a l'avantage d'être universelle et de ne pas changer d'un pays à l'autre. Elle a de plus l'intérêt d'indiquer la nature exacte du produit.
Quel est l'aspect des remèdes achetés en pharmacie ?
Bien que toutes les formes de présentation habituelle puissent être prescrites (suppositoires, ampoules buvables ou injectables, pommades, ovules, comprimés etc.), on utilise essentiellement deux formes particulières :
- le tube de granules (4, 7, 9 CH) : il s'agit d'un tube en polypropylène, matière neutre et inerte, qui contient environ 75 granules. La posologie habituelle est de 3 granules à laisser fondre dans la bouche sans les croquer ni les avaler.
- la dose de globules (15, 30 CH) : le tube contient environ 200 petites sphères de saccharose-lactose imprégnées de substance médicamenteuse. Le contenu de tout le tube est à prendre en une fois et à laisser fondre dans la bouche.
Comment sont préparés les remèdes ?
Le point de départ est la teinture-mère (T.M.).
Des dilutions sont ensuite préparées au 1/100 les unes des autres. Une goutte de substance de base mélangée à 99 gouttes de solvant (eau+alcool) donne la première centésimale Hahnemannienne ou 1 CH. Une goutte de cette solution ajoutée à 99 gouttes de solvant donne le produit en 2 CH. On continue ainsi de suite jusqu'à 30 CH.
La dynamisation du remède est primordiale. Chaque préparation au 1/100° est secouée énergiquement avant de servir à la dilution suivante.
Quelques sont les précautions à prendre ?
Les remèdes homéopathiques ne doivent pas être stockés dans l'armoire à pharmacie près de substances volatiles qui risqueraient de contrarier leur efficacité : éther, camphre, parfums...
Il faut éviter les frictions de poitrine avec des substances contenant du camphre.
Il n'y a pas d'intoxications avec les remèdes homéopathiques. L'enfant qui par mégarde a avalé le contenu de un ou plusieurs tubes n'a pas à subir de lavage d'estomac et aucune surveillance particulière n'est nécessaire. Cela dit, pour des raisons éducatives, il convient d'éviter ce genre d'incidents qui pourrait se reproduire avec des médicaments allopathiques dangereux. Il est bon par conséquent de ranger tous les produits hors de portée des enfants.
La menthe, les chewing-gums, les boissons gazéifiées et sucrées, les bonbons parfumés ne gênent en rien l'absorption du remède homéopathique.
Comment donner les remèdes aux nourrissons et aux petits enfants ?
Beaucoup de parents, peu habitués à ces prescriptions, se posent la question. En fait, plusieurs techniques sont possibles.
Bien que 2 granules en une prise soient suffisants, il est préférable d'en donner 3 ou 4 car l'enfant les croque et les avale rapidement.
On peut laisser dissoudre les granules ou les globules dans un peu d'eau pure à donner 1/4 d'heure avant les repas. Les parents doivent être prévenus que les remèdes homéopathiques fondent lentement...!
On peut les écraser dans une cuillère avec un peu d'eau. On peut tout aussi bien les mettre directement dans la bouche entre la lèvre et la gencive.
Les remèdes homéopathiques ressemblant à des bonbons, les enfants les absorbent facilement. Les bouchons des tubes sont généralement étudiés pour recevoir les granules.
Pour les nourrissons, il est possible de préparer le matin un biberon de 100 g d'eau dans lequel on a fait dissoudre une douzaine de granules et faire boire à l'enfant toutes les 2 ou 4 heures quelques gorgées de cette préparation. Il est préférable par contre de ne pas dissoudre les granules dans le lait. En effet, le produit actif risque de se trouver collé aux parois du biberon avec les traces de lait.
En général la fréquence de la prise des remèdes au cours de la journée dépend de la dilution :
- granules 4 CH : 3 granules toutes les 2 heures;
- granules 5 CH : 3 granules toutes les 3 heures;
- granules 7 ou 7 ou 9 CH : 3 granules 3 fois par jour;
- doses 15 CH : 1 dose par semaine ou tous les 15 jours;
- doses 30 CH : 1 dose par mois.
Il est important que le remède soit administré au moment où les symptômes qui le caractérisent sont présents chez l'enfant malade. Les prises médicamenteuses sont espacées dès qu'une amélioration est obtenue et totalement suspendues aussitôt que l'enfant est guéri contrairement aux règles de l'allopathie (antibiotiques par exemple).
Après la prise des remèdes, on observe parfois une légère aggravation des symptômes généralement passagère. Les parents ne doivent pas s'inquiéter, c'est la preuve que le remède est bien choisi. Il faut continuer à suivre la prescription.
Les remèdes homéopathiques ne sont-ils pas des placebos ?
De nombreux travaux existent et cherchent à démontrer l'efficacité de la méthode.
Bernard Poitevin, responsable de l'unité de recherche a étudié par exemple l'action de deux préparations de Belladona et Ferrum Phosphoricum en 5 et 9 CH. L'étude a été faite sur des globules blancs qui, au cours d'une inflammation, libèrent des radicaux oxygénés libres qui entretiennent l'inflammation. Les expériences ont montré que les deux remèdes provoquent une inhibition de la libération des radicaux libres comparable à celle obtenue avec des dilutions d'indométacine et de déxaméthasone.
Le devenir du remède homéopathique dans l'organisme est inconnu. Toutefois, de nombreuses expériences prouvent l'activité réelle de la dose infinitésimale et le pouvoir protecteur de certains remèdes contre des maladies expérimentales.
Les sceptiques, à partir de la loi d'Avogadro, arguent de l'absence de produit actif initial lorsque la dilution dépasse 12 CH.
"J'attends qu'on me présente un seul dossier établissant de manière convaincante l'efficacité d'un remède homéopathique". (Pr. Lechat, professeur de pharmacologie, membre de l'Académie de Médecine)
En fait, il semble que le principe actif du remède homéopathique ne soit pas la quantité de produit présent dans la solution mais la modification spécifique du solvant sous l'influence, d'une part de la substance originelle et d'autre part de la dynamisation (succussions exécutées au cours de chaque dilution). L'activité du médicament homéopathique serait à rechercher dans les modifications apportées au solvant lors de la préparation homéopathique. Des scientifiques étudient l'influence des dilutions homéopathiques sur les membranes cellulaires.
Malheureusement, les principes de l'homéopathie ne sont pas démontrables selon les critères scientifiques officiellement reconnus dans les facultés de médecine. Les statistiques sont difficiles à établir car la même maladie peut connaître plusieurs traitements puisque le traitement s'adapte à chaque malade et le même remède peut soigner plusieurs maladies. Le mode d'action des remèdes reste inconnu même s'il s'apparente à l'immunologie. L'effet placebo, l'impact psychologique du contact médecin-malade joue probablement un rôle mais sans doute autant qu'en médecine allopathique et les médecines "douces" n'en ont pas le privilège exclusif...!
"Les médecines douces peuvent être intéressantes à condition d'en expurger le charlatanisme. Nous devons nous incliner devant les faits si on nous montre l'efficacité d'une méthode, et même si cette efficacité n'est ni comprise ni expliquée" (Raymond Villey, lorsqu'il était Président du Conseil National de l'Ordre des Médecins)
Dans leur ouvrage "L'Homéopathie", paru en 1985, Jean-Jacques Aulas, G.Bardelay, J.-F. Royer et J.-Y. Gauthier, médecins et pharmaciens, font le point et évaluent de façon critique les fondements empiriques et l'efficacité thérapeutique des remèdes homéopathiques.
Quelle est la place de l'homéopathie en pédiatrie ?
Il est évident que toutes les maladies ne peuvent pas être traitées par homéopathie.
Il faut connaître les limites de ces remèdes et ne pas refuser :
- la chirurgie quand elle est nécessaire ;
- les traitements allopathiques (antibiotiques, hormones substitutives etc.) efficaces et indispensables qui assurent une guérison certaine dans un grand nombre de maladies.
Par contre, les troubles fonctionnels, de nombreuses maladies virales (grippe, oreillons, rougeole, rubéole, coqueluche, varicelle, hépatite, mononucléose infectieuse, herpès, rhino-pharyngites, otites, laryngites, bronchites, toux etc.) sont tout à fait abordables par l'homéopathie. La médecine dite "scientifique" ne sait pas tout et ne peut proposer de tout guérir.
Les maladies allergiques (asthme, urticaire, eczéma etc.), les douleurs abdominales, certains troubles du comportement, les verrues, les rhinopharyngites à répétition etc. sont susceptibles d'être améliorés par l'homéopathie.
L'énurésie, les troubles du sommeil sont d'autres situations fréquentes en pédiatrie où la médecine classique ne propose que les traitements palliatifs non dénués de toxicité, tout au moins potentielle.
La médecine homéopathique trouve chez l'enfant un terrain particulièrement réceptif. Le choix du remède homéopathique prend en compte l'essence de l'être, son passé et son présent. En s'intéressant à l'histoire de l'enfant issue de celle de chacun de ses parents, de sa vie fotale et de sa naissance, le pédiatre homéopathe va pouvoir cerner sa problématique et, grâce aux médicaments homéopathiques, optimiser son potentiel tant physique que psychique.
Chaque fois qu'un traitement homéopathique est possible, il est détaillé dans cet ouvrage.
Nous voulons cependant donner ici quelques situations très fréquentes et simples
En cas de fièvre : 3 à 5 granules en 7 ou 9 CH toutes les 2 heures
- Aconit dès le début surtout s'il est brusque et qu'il n'y a pas de sueurs
- Belladona si la fièvre est élevée avec sueurs et visage chaud
- Ferrum phosphoricum si la fièvre est peu élevée
En cas d'écoulement nasal :
- en cas d'écoulement nasal clair et filant : Allium cepa ou Euphrasia
- en cas d'écoulement nasal plus épais, jaunâtre : Kalium bichromicum ou Hydrastis
- en cas d'écoulement nasal purulent : Mercurius solubilis
En cas de douleurs aux oreilles (otalgie):
- Ferrum phosphoricum
En cas d'épistaxis :
- China : 3 granules toutes les 5 minutes
- Arnica si c'est à la suite d'un choc
En cas de conjonctivites :
- Belladona
En cas d'urticaire :
- Apis mellifica 9 CH : 3 granules toutes les 10 minutes
En cas de piqûres de moustiques :
- Apis mellifica 9 CH
- Urtica urens 9 CH
- Ledum pallustre 9 CH
À répéter jusqu'à la disparition du prurit.
En cas de vomissements :
- si la langue est propre : Ipeca 9 CH
- si la langue est chargée : Antimonium crudum 9 CH
En cas de diarrhée :
- Podophyllum 9 CH
- China 9 CH
En cas de brûlures ou de coups de soleil
- Apis ou Belladona si la peau est rouge
- Cantharis 9 CH s'il existe des phlyctènes
Chez le nouveau-né :
- coliques post-prandiales : Nux vomica, Cuprum metallicum en alternance avant les biberons
- vomissements ou diarrhées : Aethusia cynapium 5 CH, Magnesia carbonica avant les biberons
- constipation : Nux vomica, Opium, Magnesia muriatica
- muguet buccal : Borax et soins locaux avec Hydrastis TM en application (30 gouttes dans un demi-verre d'eau)
- érythème fessier : Belladona si fesses rouges, Rhus toxicodendron si vésicules, Mercurius solubilis si surinfection
- croûtes de lait : Antimonium crudum et Calcarea carbonica
- en cas de poussée dentaire : Chamomilla, Rheum, Podophyllum
- Après les vaccinations : Thuya 30 CH : 1 dose
La trousse de base homéopathique
(remèdes à avoir dans son armoire à pharmacie ou en voyage) :
- Aconit 7 ou 9 CH
- Antimonium crudum 7 ou 9 CH
- Antimonium tartaricum 7 ou 9 CH
- Argentum nitricum 7 ou 9 CH
- Arnica 7 ou 9 CH
- Arsenicum album 7 ou 9 CH
- Belladona 7 ou 9 CH
- Bryonia 7 ou 9 CH
- Calendula TM
- Carbo vegetabilis 7 ou 9 CH
- Chamomilla 7 ou 9 CH
- China 7 ou 9 CH
- Cina 7 ou 9 CH
- Coffea 7 ou 9 CH
- Eupatorium perfoliatum 7 ou 9 CH
- Euphrasia 7 ou 9 CH
- Gelsemium 7 ou 9 CH
- Hepar sulfur 7 ou 9 CH
- Ignatia 7 ou 9 CH
- Ipeca 7 ou 9 CH
- Lycopodium 7 ou 9 CH
- Magnesia phosphorica 7 ou 9 CH
- Mercurius solubilis 7 ou 9 CH
- Nux vomica 7 ou 9 CH
- Phosphorus 7 ou 9 CH
- Podophyllum 7 ou 9 CH
- Pulsatilla 7 ou 9 CH
- Rhus toxicodendron 7 ou 9 CH
- Sambucus nigra 7 ou 9 CH
- Sulfur 7 ou 9 CH
Pour en savoir plus
- Caironi B. : Homéopathie du nourrisson et de l'enfant. Editions Dangles, 2003
- Chemouny B. : Guide de l'homéopathie pour l'enfant. Odile Jacob, 2003
- Valery-Coquerel G.: Homéopathie mère-enfant. EDI Com, 2005


