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La référence pédiatrique en ligne

site complémentaire du livre Votre Enfant, des Drs Rossant, éditions Robert Laffont

Poliomyélite

 

Un article de VotreEnfant.

Voir aussi :

Les vaccinations (vaccin pentavalent)

Sommaire

Impages d'enfants atteints de polio


La polio n'empêche pas les grandes carrières : exemple le chef d'orchestre Jeffrey Tate, handicapé, dirige assis :


Observation clinique

"Patrick, 2 ans, est adressé à l'hôpital par son médecin traitant car, depuis un mois, il présente une paralysie de la loge antéro-externe de la jambe droite et une paralysie oculaire apparue subitement.

Le médecin évoque la possibilité d'une origine toxique, la mère appliquant une pâte contenant de salicylate de phénylpropyl sur les gencives de l'enfant pour calmer ses maux de dents. En effet, les paralysies sont apparues brutalement après quelques jours d'application de cette pâte.

L'interrogatoire de la mère permet de préciser le début de l'affection : "Patrick allait bien jusqu'au mois de septembre où vers le milieu du mois, j'ai constaté qu'il ne pouvait plus se lever. Il ne pouvait pas poser son pied droit qui paraissait tout flasque et pendant par terre. Je suis allée à la PMI où l'on m'a dit que ce n'était pas grave et que cela provenait des dents (sic). On ne m'a rien donné comme traitement »

La mère est formelle : il n'y a pas eu de fièvre avant ou pendant l'installation de la paralysie. Pas de vomissements ni de céphalée. Il n'y a pas eu non plus d'injection intramusculaire dans les fesses, qui aurait pu atteindre le nerf sciatique.

A l'examen, l'enfant ne peut pas marcher seul. Soutenu, il traîne la jambe droite et on note un steppage net. Le pied droit est équin. L'enfant ne peut absolument pas relever son pied droit. Les muscles de la loge antéro-externe de la jambe droite ont fondu. L'amyotrophie atteint également le quadriceps droit, la loge postérieure de la cuisse droite et les muscles de la paroi abdominale droite. Le reste de l'examen clinique est normal. Au total, on se trouve devant une paralysie des muscles de la loge antéro-externe de la jambe droite, survenue brusquement un mois auparavant, sans fièvre, avec une importante fonte musculaire témoignant d'une atteinte nerveuse périphérique, sans notion d'intoxication médicamenteuse ni d'injection intramusculaire.

On ne trouve aucun antécédent particulier dans la famille. La grossesse et l'accouchement se sont bien passés. Le développement psychomoteur est normal. Patrick a été vacciné par le BCG à la naissance mais les autres vaccinations n'ont pu être pratiquées en raison de fréquentes rhino-pharyngites coïncidant avec les dates de vaccination. La sérologie fera le diagnostic de poliomyélite antérieure aiguë"

(L. Rossant, Diagnostics n° 220, Aesculape éd., Paris)

Généralités

C'est une maladie virale contagieuse.

Le virus apparaît au microscope électronique sous forme de particules sphériques d'une taille de 30 millimicrons. Très résistant au froid, on le trouve dans le lait, les crèmes et les glaces.

La poliomyélite frappe dans tous les pays du monde et touche tous les âges mais principalement les enfants entre 2 et 4 ans. L'homme est le seul réservoir de virus et la contamination se fait par voie digestive ou respiratoire directe. La maladie est saisonnière dans les pays tempérés, s'observant en été et en automne.

Symptômes

La forme paralytique commune

L'incubation dure une dizaine de jours.

L'invasion est brutale avec fièvre élevée, céphalées, vomissements, douleurs au niveau de la nuque, du dos et des membres inférieurs, douleurs abdominales. Il peut exister une rétention aiguë transitoire des urines et un syndrome méningé.

Cette phase d'invasion dure de 2 à 6 jours et est suivie de la phase d'installation des paralysies.

Brutalement, les paralysies s'installent. Tous les muscles qui doivent être atteints le sont en moins de 4 jours. Toutes les localisations sont possibles : tétraplégie (paralysie des 4 membres), paraplégie (paralysie des 2 membres inférieurs), hémiplégie (paralysie d'un hémicorps), monoplégie (paralysie d'un membre)...Les paralysies restent limitées à quelques groupes musculaires et sont asymétriques. Elles sont de type flasque avec abolition des réflexes ostéotendineux (ROT). L'atrophie musculaire s'installe de façon rapide. Durant les quatre premiers jours, les paralysies risquent de s'étendre et d'atteindre les muscles du tronc, les muscles respiratoires et les muscles de la déglutition. Les douleurs persistent plusieurs semaines tandis que les signes généraux s'estompent progressivement.

Dès la 2ème semaine des paralysies, débute la phase de régression. Ce n'est qu'après 2 ans d'évolution, que les médecins peuvent faire le bilan des séquelles.

La récupération est parfois totale mais le plus souvent il persiste des séquelles multiples du fait de la diversité des paralysies, de la gravité de l'amyotrophie et des troubles trophiques.

Les rétractions entraînent des déformations plus ou moins importantes. Dans la paralysie infantile commune, 7% des enfants gardent une incapacité totale de travail et 75% une incapacité partielle.

Les troubles trophiques sont les témoins définitifs des paraplégies : refroidissement cutané, cyanose, troubles des phanères. Il peut s'y ajouter des rétractions, des déformations et des troubles articulaires.

La marche, au stade des séquelles, est modifiée. L'atteinte des fessiers compromet la stabilité du bassin et des membres inférieurs. Les déformations sont variées : pieds en varus équin ou talus valgus, pied plat ou pied creux, genu-flexum ou genu-recurvatum. Ces séquelles peuvent être plus ou moins bien compensées par les appareillages orthopédiques.

Au niveau du tronc, les séquelles sont parfois à type de scoliose grave par leur retentissement cardio-vasculaire et respiratoire.

Les formes respiratoires

Leur fréquence est de 20 à 40% et on distingue trois types :

  • la forme spinale avec paralysie des muscles respiratoires :

Les premiers signes sont souvent une polypnée, une toux difficile ou un affaiblissement de la voix. La paralysie des muscles intercostaux entraîne une immobilité de la cage thoracique. Des signes de tirage sont observés. Le diaphragme est paralysé. Sans traitement, l'enfant meurt asphyxié. Si le traitement est institué précocement, l'enfant peut récupérer totalement ou partiellement sa respiration. Les séquelles respiratoires sont plus ou moins graves.

  • les paralysies de la déglutition peuvent être isolées ou associées à d'autres paralysies. Le risque est la survenue de fausses routes alimentaires.
  • les formes hautes diffuses sont très graves. Les troubles respiratoires sont toujours très importants. La perte du contrôle volontaire de la respiration et l'anarchie respiratoire doivent faire penser à l'origine bulbaire des troubles. Des perturbations de la conscience, des troubles vasomoteurs et sécrétoires, des troubles cardio-circulatoires et hémorragiques sont souvent associés.
  • Il peut y avoir des paralysies des nerfs crâniens. L'évolution est très grave mais les moyens modernes de réanimation permettent parfois de passer le cap critique. Si la période de régression peut être atteinte, les séquelles sont en général minimes.

Les formes non paralytiques

Les paralysies musculaires et les atteintes respiratoires font toute la gravité de la poliomyélite et justifient la lutte par la vaccination.

Toutefois, il faut bien savoir que dans 90% des cas, la poliomyélite est une infection virale sans gravité.

Les formes non paralytiques sont extrêmement fréquentes et expliquent pourquoi les taux sérologiques sont élevés dans la population même non vaccinée. Beaucoup de gens rentraient en contact avec les virus de la poliomyélite avant la pratique de la vaccination, et même maintenant. Or, tout le monde n'était pas paralysé, loin de là.

Dans la très grande majorité des cas, la poliomyélite passait (et passe encore pour les sujets non vaccinés) inaperçue. Les formes inapparentes sont très fréquentes : rien de permet de savoir que le sujet a contracté la poliomyélite si ce n'est la prise de sang avec recherche sérologique. Parfois, c'était une "grippe d'été" : un peu de fièvre, quelques céphalées, une rhino-pharyngite d'allure banale, quelques douleurs rachidiennes pendant 2 ou 3 jours puis tout rentrait spontanément dans l'ordre. Bien malin, celui qui aurait vu la poliomyélite sous ces signes. De temps en temps, c'était un peu plus fort et le tableau était celui d'une méningite aiguë virale lymphocytaire spontanément résolutive.

Diagnostic

L'étude du LCR par la ponction lombaire est importante.

L'isolement et l'identification du virus peuvent se faire sur les cultures de rein de singe à partir des prélèvements de selles ou de gorge.

Le dosage des anticorps (sérologie) est l'examen le plus utilisé.

Diagnostic différentiel

Lorsqu'il n'y a pas de paralysie ou avant qu'elles s'installent, le médecin peut évoquer :

  • un rhumatisme articulaire aigu;
  • une arthrite aiguë;
  • une ostéomyélite;
  • une grippe;
  • un lumbago ou une sciatique;
  • une méningite à liquide clair (oreillons etc.).
  • Lorsqu'il y a des paralysies, le diagnostic est plus facile mais d'autres maladies peuvent simuler une poliomyélite :
  • chez le nourrisson : une arthrite ou un traumatisme;
  • chez l'enfant : les myélites aiguës infectieuses, la diphtérie, le botulisme, l'ataxie aiguë bénigne, les polynévrites toxiques, le syndrome de Guillain-Barré etc.

Traitement

Il n'existe aucun traitement curatif de la poliomyélite.

La kinésithérapie facilite la récupération musculaire.

Les attitudes anormales sont combattues par la rééducation active, les appareillages orthopédiques et les interventions chirurgicales.

Les formes respiratoires nécessitent la surveillance en milieu de soins intensifs.

Traitement préventif : les vaccins contre la poliomyélite

La vaccination contre la poliomyélite a réussi à endiguer l'extension de la maladie.

Le vaccin vivant atténué (Sabin) n'est plus utilisé en France.

Le vaccin tué injectable (inactivé Salk) est pratiqué en association dans les vaccins triples (Revaxis, DTP.), tétravalents (Tétravac, Infanrix Tétra.), pentavalents (Pentavac, Infanrix Quinta.) et hexavalents.

[maj:02/01/06]Epidémie de poliomyélite dans une communauté amish aux Etats-Unis, opposée aux vaccinations.|Sciences et Avenir numéro 707 (décembre 2005)

Sciences et Avenir note que « plusieurs cas de poliomyélite ont été identifiés aux Etats-Unis dans une communauté amish du Minnesota ». Le magazine précise que « les autorités sanitaires du CDC font état de 5 cas, dont une petite fille de 8 mois ». « Il semble que le foyer épidémique se soit propagé à partir de la petite fille, immunodéficiente, qui n'était pas vaccinée, les Amish réprouvant cette pratique médicale ». Le mensuel ajoute qu'« aucun des enfants n'a développé la forme paralysante de la maladie. Mais les autorités s'interrogent encore sur le mode de contamination ». [/maj]

Pour en savoir plus

Pilly E.: Maladies infectieuses et tropicales. Par le Collège des Universitaires en Maladies Infectieuses et Tropicales (CMIT) 2004 - 2M2, Edition et Communication